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AUGIER ÉMILE (1820-1889)

Représentant avec Dumas fils de la comédie sérieuse, Émile Augier est de ceux qui analysent avec lucidité les mœurs de leur époque. Après avoir passé son baccalauréat en philosophie, il entre chez un avoué mais sent que sa vocation est ailleurs. Admirateur et disciple de François Ponsard, partisan de « l'école du bon sens » en réaction contre le drame romantique, il écrit une première pièce en vers La Ciguë (1844), inspirée de l'Antiquité. Il en publie d'autres, toujours de la même veine, pour aboutir à la comédie bourgeoise avec L'Aventurière (1848), et Gabrielle (1849), où il défend la famille contre la dépravation du siècle. Il adopte la prose et, après deux essais malencontreux de collaboration avec Jules Sandeau, il donne, avec ce dernier, son chef-d'œuvre, Le Gendre de M. Poirier (1854), où le thème du bourgeois gentilhomme est repris et actualisé : autour du personnage de Poirier, Augier réussit à faire une pièce amusante et satirique sur le sujet éculé de la rivalité entre la noblesse ruinée et la bourgeoisie arriviste. À partir de ce moment, il connaît le succès et s'approprie l'estime de cette bourgeoisie, enrichie et toute-puissante, qu'il va servir obséquieusement. Ses comédies de mœurs se succèdent : Le Mariage d'Olympe (1855), Ceinture dorée (1855), Les Lionnes pauvres (1858), Un beau mariage (1859), Maître Guérin (1864). Il écrit aussi quelques pièces à caractère social et politique : Les Effrontés (1861), Le Fils de Giboyer (1862), Lions et Renards (1869). Il quitte la scène en 1878 avec Les Fourchambault.

Barbey d'Aurevilly dit de lui : « Augier est le poète sans idéal et sans profondeur. C'est essentiellement le poète du bourgeois. Il le rend heureux. » Chantre d'une morale terre à terre, d'un moralisme trop prononcé, Augier vide de sa substance la comédie de mœurs. Ses pièces sont habilement construites (héritage de Scribe) mais, en dépit de ses dons d'observation, elles pèchent souvent par l'absence de véritable style et d'imagination. Écrivain du second Empire, il s'enlise dans le conservatisme et ne survit pas à son époque.

Hélène LACAS

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