2. Le théosophe
Le Livre des rêves (Drömboken), seule œuvre qu'il ait jamais écrite en suédois, consigne, en style quasi pascalien, la grande illumination de 1743, celle qui va donner un sens définitif à sa vie : « Le Seigneur se révéla à moi, son serviteur, en l'an 1743, et m'ouvrit les yeux sur le monde spirituel. Il me prêta alors et jusqu'à ce jour [1745] le pouvoir de communiquer avec les esprits et les anges. Dès lors, je fis publier les divers arcanes qui m'ont été manifestés et révélés. En outre, sur d'autres sujets importants pour le salut et la sagesse des hommes... » Cet esprit hautement scientifique, cet inventeur de machines et cet observateur du réel ne va plus s'intéresser qu'à l'âme et à la mystique, au monde invisible du spirituel, où, fidèle à lui-même, il va s'efforcer d'introduire quelque système. Une tradition quelque peu entachée de légende voudrait qu'un soir de 1745, dans une auberge de Londres, une vision du Christ soit venue le confirmer dans ce qu'il prendra aussitôt pour sa mission : explorer et décrire le monde suprasensible, être le prophète du Seigneur. Il va consigner ses rêves pour s'entraîner à commercer avec les esprits. Voici donc, dès 1745, l'extraordinaire De cultu et amore Dei, commentaire saisissant de la Genèse selon une méthode qui s'attache à représenter l'ineffable à partir des principes dont l'auteur s'était autrefois inspiré pour analyser le réel. Visible-invisible, naturel-surnaturel, ce sont catégories floues : ce qui est intéressant, c'est ce mouvement d'approche de l'un par des moyens pris à l'autre, cette abolition des différences (des distances) par confusion délibérée des signes.
Il s'attache donc à transcrire ses visions, puis à les mettre en ordre, enfin à les exposer en un tout cohérent, dans des écrits essentiellement théologiques. Le Seigneur « dans sa bonté, a ouvert mon intelligence de façon qu'elle puisse voir le ciel et l'enfer, et savoir quelle est leur nature ». Ce seront donc les Arcana cœlestia (8 vol., Londres, 1749-1756), des manuels comme […]
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