L'expérience vécue à laquelle nous convie l'œuvre du Suédois Swedenborg est aussi peu banale qu'exemplaire : le génie mathématique qui découvre un jour que l'amour est plus que tout, qui se voit obligé par ses rêves mêmes et ses visions d'en convenir et qui s'appliquera désormais, avec une conscience semblable à celle qu'il apportait à l'étude des étoiles, à proposer une sorte de progression rationnelle qui fera passer de notre état à celui de pur esprit, ce génie-là a beaucoup à nous apprendre. Il est au cœur même d'une démarche qui est celle exactement du modernisme et qui découvre – après les extases faciles et courtes de l'entendement, et leur inévitable contrepartie, les affres et les moues de mépris de l'absurde – que seul compte l'absolu de l'amour divin : ubi caritas et amor, Deus ibi est (là où sont la charité et l'amour, là est Dieu lui-même).
1. Le voyageur et le savant
Né à Stockholm le 29 janvier 1688, second fils de Jesper Svedberg, qui sera un jour évêque de Skara, Swedenborg perd sa mère en 1696. Après de brillantes études à Uppsala, il est en 1709, docteur en « philosophie », mais c'est surtout aux sciences naturelles qu'il s'est intéressé, ainsi qu'à la musique. Peut-être a-t-il rencontré l'amour, en 1709, mais il y a pas lieu d'exagérer l'importance de ce qui ne fut sans doute qu'une petite idylle. Il était fait pour les livres, la recherche et la méditation.
En 1710, il s'embarque pour l'Angleterre, où, durant quatre ans, il améliore ses connaissances en mathématiques, musique, sciences naturelles et surtout astronomie. Il voyage en Hollande, en Allemagne et en France et s'essaie aux belles-lettres par un recueil de fables en vers latins imités d'Ovide : La Muse du Nord.
En 1714, cet esprit ordonné et systématique se révèle tel qu'en lui-même, par un catalogue qu'il dresse à l'intention de son oncle Benzelius, futur archevêque d'Uppsala ; ce sont les inventions qu'il a élaborées : une machine à vapeur, une machine volante, dotée d'ailes fixes et propulsée par […]
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