L'œuvre d'Elsa Morante se déploie dans la certitude revendiquée que la littérature pour être authentique doit exprimer des passions extrêmes, à travers une narration qui confère un rythme au temps en favorisant ainsi l'avènement de la dimension du mythe. De Mensonge et sortilège à La Storia, l'écriture de la romancière, baroque et fastueuse, s'enrichit parfois de régionalismes tout en faisant preuve d'une efficacité et d'une limpidité naturelles, toujours au service du récit et de ses pouvoirs.
1. Un réalisme magique
Elsa Morante naît à Rome le 18 août 1912. Elle est la fille d'Irma Poggibonsi et de Francesco Lo Monaco. Sa mère et son beau-père (Augusto Morante) sont instituteurs. Sa scolarité est très irrégulière, dominée par des efforts principalement autodidactes et un apprentissage de la vie au contact des élèves de la maison de correction où enseigne son beau-père. Elsa observe avec beaucoup d'intérêt le quotidien des habitants du quartier pauvre du Testaccio à Rome, lieu qui inspirera également l'univers poétique de son ami, l'écrivain et cinéaste Pier Paolo Pasolini. Cette prédilection pour le monde populaire aussi bien urbain que rural est sensible dans le choix de plusieurs personnages mis en scène par la romancière.
Elsa Morante quitte ses parents juste après avoir fini ses études secondaires. Les difficultés économiques l'obligent à abandonner très vite ses études à la faculté des lettres. Elle commence à écrire des fables et des poèmes et elle gagne sa vie en donnant des cours privés puis en collaborant à des journaux et des revues, notamment l'hebdomadaire Oggi pour lequel elle écrit de façon régulière entre 1939 et 1941. À la demande de l'éditeur Longanesi, elle traduit le Journal de Katherine Mansfield. Son propre journal (Diario) rend compte de ses passions et inquiétudes durant ces années-là. Il ne sera publié qu'en 1989 et traduit en français en 1999, sous le titre Territoire du rêve. C'est en 1936 que paraît son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé Il gioco segreto (Le Jeu secr […]
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