2. Les processus comme scénarios
Ses Variations pour orchestre (1955), qui contiennent pour la première fois un accelerando envisagé comme principe structurel et dynamique d'un mouvement entier – le huitième, Variation VI (Accelerando molto) –, inaugurent en outre le principe de la caractérisation psychologique des instruments. Carter parle en effet de ses techniques comme de « scénarios » destinés à des musiciens qui doivent aussi être des « acteurs ». Il déclare ainsi en 1955 : « Je considère mes partitions comme des scénarios auditifs dans lesquels les exécutants interviennent comme des personnages avec leurs instruments, soit à titre individuel soit comme participants à l'ensemble. »
Ainsi en est-il de son Deuxième Quatuor à cordes (1959), dans lequel il radicalise encore son propos en affectant à chacune des parties de cette pièce des critères propres d'écriture (tant harmoniques que rythmiques), ainsi que des attributs fortement individualisés (intervalles, tempos, caractères) : « Allegro fantastico », « Cadence d'alto », « Cadence de violoncelle »... Ce quatuor, écrit durant la composition du Double Concerto pour clavecin, piano et deux orchestres de chambre (achevé en 1961), comporte bien évidemment beaucoup de points communs avec l'œuvre qui l'enserre, et dont les mouvements sont eux aussi bien caractérisés : « Cadence pour clavecin », « Allegro scherzando »...
Chez Carter, les analogies tirées du quotidien ou de la littérature et de la poésie fonctionnent curieusement en second, comme a posteriori. Son Concerto pour piano (1965) naît ainsi de son désir d'écrire un concerto dans lequel le soliste et l'orchestre s'opposeraient de plus en plus radicalement, les effets d'un tel dualisme étant contrebalancés par la présence d'un concertino instrumental de sept solistes servant de médiateur et de transmetteur de « suggestions sonores », comme l'écrit Jean-Yves Bosseur ; et ce n'est qu'en le composant, à Berlin, qu'il ressentira la corrélation entre sa volonté d'écriture propre et les résonances qu'il y projette des souvenirs terribles de la Seconde Guerre mondiale (où un « individu » – Hitler – s'opposa à une « foule » qui le combattait).
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