Le compositeur américain Elliott Carter s'est affirmé comme l'un des plus importants de son siècle par le développement de processus rythmiques et formels qui, sans faire table rase des concepts traditionnels d'œuvre, ont abouti à de nouvelles formes d'organisation du matériau musical, qui peuvent être caractérisées, selon le musicologue Philippe Albéra, par « une série de termes : polyrythmie, indépendance des voix, athématisme, contrepoint dissonant, structures rythmiques irrégulières... »
1. Du néoclassicisme à la modulation métrique
Elliott Cook Carter Jr., né à New York le 11 décembre 1908, étudie auprès de Walter Piston et d'Edward Burlingame Hill à l'université Harvard, où il obtient un master of arts en 1932, puis à Paris, avec Nadia Boulanger, de 1932 à 1935 ; de ce fait, ses premières œuvres sacrifient au néoclassicisme qui prévaut alors. Mais il s'éloignera de cette esthétique aux relents « populistes » au bout de dix ans d'incertitudes stylistiques. Son ballet Pocahontas (1939), sa Première Symphonie (1942) ou son Holiday Overture (1944) témoignent de cette période, placée sous l'emprise de Stravinski, d'Hindemith et de Copland.
À partir de 1944, Carter se libère de la tonalité, développant un concept rythmique original (que le compositeur Richard Franko Goldman dénommera « modulation métrique », en faisant allusion aux innovations de Charles Ives en la matière) dont les premiers emplois sont consignés dans sa Sonate pour piano (1946), sa Sonate pour violoncelle et piano (1948), ses Huit Études et une fantaisie, pour quatuor à vent (1950), et, surtout, son Premier Quatuor à cordes (1951) ; c'est en effet avec cette œuvre que Carter trouve véritablement son langage personnel.
La modulation métrique recouvre des techniques qui visent à changer progressivement de tempo en usant de valeurs irrationnelles (21/8, par exemple). Il s'agit d'un procédé qui possède des conséquences structurelles non négligeables et qui confère à sa musique une souplesse rythmique extra-ordinaire.
Ceci expliq […]
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