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VITTORINI ELIO (1908-1966)

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2.  Frontières

« La raison, comme les civilisations, est toute sillonnée de frontières » qui rassurent autant qu'elles séparent (préface à l'édition française de Sardaigne comme enfance). L'homme dépossédé de l'espérance par l'oppression cherche la protection des souvenirs d'enfance, la toute-puissance illusoire de l'ivresse, la consolation des Mille et Une Nuits, la certitude des systèmes d'explication. Inutile de prêcher l'autonomie de l'adulte, la lucidité, l'engagement, l'esprit critique : Vittorini craint la parole péremptoire de ceux qui ont une fois pour toutes choisi de savoir et de faire croire. Aussi fait-il des procédés romanesques un usage parfois déconcertant. Les dialogues par demandes et réponses en écho sont moins des échanges que des incantations à conjurer la solitude. Les personnages semblent avoir un statut réaliste, garanti par quelques détails fixes, puis leur silhouette vacille sous l'assaut des images : dans Conversation en Sicile, la mère qui distribue nourriture et corrections, terrible et rassurante, mais mutilée dans son être par la misère et mystifiée par l'idéologie, est appelée à sa vérité par la tendresse de tous les mots qui la découvrent ou l'inventent. Étrange pouvoir que celui de nommer ! On dit : les hommes, et voilà des victimes et des bourreaux, des gnomes et des rois. Y a-t-il des hommes « plus hommes » et des hommes exclus du genre humain ? La langue italienne, moins manichéenne que la française, ou plus dialectique, peut affirmer et nier d'un même mouvement : uomini e no, ce ne sont pas « les hommes et les autres », comme dit le titre de la traduction, mais tous les hommes, nous tous, avec l'inhumain lové en notre humanité. Ceux qui échappent à la commune mesure reçoivent des surnoms imagés, tel le grand-père « éléphant » dans Le Simplon fait un clin d'œil au Fréjus (Il Sempione strizza l'occhio al Frejus, 1947) : figures légendaires plutôt que symboliques, suggérant un sens possible, un univers en gestation. C'est ainsi qu'en un temps où le roman semblait voué au dessin bien cerné, Vittorini sut atteindre dans ses meilleures pages à un mode de représentation qui inclut le projet dans le constat, la liberté poétique dans la contrainte du récit.

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ITALIE - Langue et littérature

Écrit par :  Dominique FERNANDEZPierre LAROCHEAngélique LEVIJean-Paul MANGANAROPhilippe RENARDJean-Noël SCHIFANO

Dans le chapitre "Isolés et autodidactes"  : …  de carrière qui ont renouvelé la prose italienne en lui ôtant sa toge antique, Cesare Pavese et *Elio Vittorini, se soient inspirés de la littérature la moins littéraire, de la littérature américaine, qui, elle aussi, compte bon nombre d'autodidactes. Pavese (1908-1950) a imposé l'ellipse et l'anacoluthe, ce qui était une révolution dans le… Lire la suite

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