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FRÉRON ÉLIE (1718-1776)

Surtout connu indirectement par Voltaire, qui lui assure une triste célébrité. On connaît l'épigramme fameuse :

  L'autre jour, au fond d'un vallon,
  Un serpent piqua Jean Fréron :
  Que pensez-vous qu'il arriva...
  Ce fut le serpent qui creva.

Mais ce n'est qu'un aspect mineur d'une longue polémique qui fait de Fréron un des ennemis acharnés des philosophes, un défenseur zélé des idées monarchiques et religieuses.

Né à Quimper, il fait ses études chez les jésuites et professe quelque temps au collège Louis-le-Grand. Mais bientôt il associe ses travaux à ceux de l'abbé Desfontaines en matière de critique littéraire, et participe avec lui à deux recueils littéraires du temps, les Observations sur les écrits modernes (année 1735 et suivantes) et les Jugements sur quelques ouvrages nouveaux (1745-1746). Ses propres ouvrages n'ont aucun succès. Il a vocation de critique, non d'auteur. Toute la réputation littéraire de Fréron lui vient d'avoir publié pendant vingt-deux ans, de 1754 à 1776, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, une feuille périodique intitulée L'Année littéraire, qui fait de lui une sorte de fondateur du journalisme en France. L'Année littéraire paraissait par cahiers, tous les dix jours, et ces cahiers étaient regroupés de manière à former huit volumes par an. Ponce Denis Lebrun, ami de Voltaire, prend à parti ce journal, qu'il surnomme L'Âne littéraire. Fréron, d'ailleurs, y combat avec acharnement les encyclopédistes. Ce combat étant l'essentiel de la vie de Fréron, on peut en rappeler quelques épisodes ou faire quelques citations. Le Pauvre Diable, qui donne son nom à un poème publié par Voltaire en 1758, raconte :

 Rimant d'une ode et n'ayant pas dîné,
 Je m'accostai d'un homme à lourde mine
 Qui sur sa plume a fondé sa cuisine.
 Cet animal se nommait Jean Fréron,
 J'étais tout neuf, j'étais jeune, sincère
 Et j'ignorais son naturel félon...

En 1760, Voltaire met Fréron en scène dans sa pièce L'Écossaise sous le nom de Wasp (guêpe ou frelon) ; Fréron riposte par sa Relation d'une grande bataille... et le combat continue.

Denise BRAHIMI

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