2. Questions de méthode
La sociologie électorale a longtemps occupé une position centrale en science politique grâce à l'apparat de scientificité que procurait (parfois « à bon compte ») le déploiement d'un imposant arsenal de traitement statistique des données.
• Analyses « écologiques »
De fait, le terrain électoral est exceptionnellement fertile en matériaux quantitatifs, à commencer par la simple recension des votes. Ces derniers pourront être agrégés ou désagrégés plus ou moins globalement ou finement en fonction de l'offre partisane : classement des candidats (et ce qui est souvent plus audacieux, de « leurs » électeurs) en fonction de leurs étiquettes précises ou regroupement plus ou moins arbitraire en blocs ou en familles politiques. Même variation possible des échelles en fonction des unités géographiques de collecte des résultats : bureaux de vote, communes, cantons, circonscriptions législatives, départements... Nécessité faisant vertu, on se contenta longtemps de cette matière statistique déjà très riche, en travaillant les « données électorales brutes » et en les rapportant, en fonction des hypothèses, à d'autres données socioéconomiques. La cartographie est alors l'équivalent fonctionnel approximatif de nos modernes coefficients de corrélation (analyses dites écologiques notamment développées par Siegfried).
Très attentive à la diversité géographique et sociale des situations et des sites, cette manière de faire preuve n'est toutefois pas totalement probante. Faute de connaître l'orientation électorale de chaque électeur (les voix sont anonymes et muettes), l'analyse sur votes agrégés est toujours contrainte d'inférer des tendances collectives qui peuvent s'avérer trompeuses, ce d'autant plus que le niveau d'agrégation retenu est surplombant (qu'un Land allemand, majoritairement peuplé par des ouvriers, se prononce majoritairement pour le Parti social-démocrate ne prouve pas formellement que tous les ouvriers – et pas même qu'une majorité d'entre eux – votent S.P.D.).
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