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ELDORADO

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De tous les mirages qu'a fait naître la découverte de l'Amérique, aucun n'a été plus obstinément poursuivi, au prix d'incroyables fatigues, que celui de l'Eldorado. C'est à juste titre, sans doute, que le mot désigne, dans le langage courant, une contrée imaginaire aux richesses surabondantes. Mais avant que Voltaire ne transforme définitivement le mythe en caricature en y situant un épisode de Candide, plusieurs générations d'aventuriers avaient ajouté foi à son existence, jusqu'à risquer fortune et vie à sa recherche. Si leur quête fiévreuse et dramatique n'a pas été couronnée de succès, elle a permis l'exploration du bassin de l'Orénoque et de toute la partie septentrionale de l'Amérique du Sud.

1.  Les illusions de la conquête

En dépit de sa force et de sa persistance, le mythe de l'Eldorado n'a été qu'une légende parmi celles, très nombreuses, qui ont constamment soutenu les espérances des conquistadores. Au vrai, c'est l'entreprise américaine tout entière qui baigne dans un climat de merveilleux dès le premier voyage de Colomb, convaincu qu'il touchait aux splendeurs de Cipango et du Cathay. Au contact du Nouveau Monde, les mythes traditionnels de l'Antiquité et du Moyen Âge retrouvent toute leur vigueur. La légende situait en Asie la fontaine de Jouvence et le fleuve du Paradis : c'est en Floride que Ponce de León crut les redécouvrir. Quant aux Amazones, plus d'un conquérant eût juré les avoir aperçues, dans la confusion de quelque combat, sur les plages du Yucatan ou sur les rives du grand fleuve auquel Orellana donna leur nom. Un des romans de chevalerie les plus en vogue au début du xvie siècle, Las Sergas de Esplandián, situait loin dans l'Ouest, « à main droite des Indes, près du paradis terrestre », l'île fabuleuse de Californie où vivaient les farouches guerrières. Le fait que les anciens Mexicains désignaient l'Occident sous le nom de Cihuatlampa ou pays des femmes, ne pouvait qu'accréditer la légende. C'est en recherchant ces contrées fantastiques, sur la route  […]

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