4. La domination anglaise
• L'occupation (1882-1914)
Désormais traitée en colonie par l'Angleterre, l'Égypte semble s'immobiliser sous une apparence de passivité ; les désordres ruraux trahissent un mécontentement latent, cependant que les progrès techniques utiles à l'occupant certes, mais aussi au pays, vont commencer à modifier les paysages urbains, les habitudes et les façons de penser de la population.
Juridiquement, le statut de l'Égypte n'est pas modifié. Le pays reste partie de l'Empire ottoman. Mais le tribut à la Porte cesse d'être payé, les forces armées anglaises assurent l'ordre et le consul anglais dirige souverainement le pays ; Dufferin et Malet, puis Evelyn Baring (devenu plus tard lord Cromer) de 1883 à 1907, Gorst en 1907 et Kitchener de 1911 à 1914 porteront successivement ce titre. Des « conseillers » anglais sont placés aux postes clés et les souverains de la lignée de Muḥammad ‘Alī préservent, sous la menace permanente de leur déposition, la fiction de la continuité du pouvoir politique. Cependant, une convention signée à Londres en 1885 par les puissances capitulaires donne à l'Égypte le droit d'assujettir les étrangers à l'impôt foncier. De grands travaux de construction de barrages permettent d'étendre les surfaces cultivées. La culture du coton se développe et l'Égypte devient un fournisseur important des industries textiles anglaises.
Cependant, au Soudan, les occupants anglo-égyptiens se heurtent à un nationalisme nouveau et agressif. Le pays se soulève, en 1881, sous l'impulsion d'un nouveau « prophète » musulman, le mahdī Muḥammad Aḥmad ‘Abd Allāh, dont le pouvoir s'étend à la presque totalité du pays et menace l'Égypte. Le pays ne sera reconquis par Kitchener qu'en 1898 ; il sera placé sous condominium anglo-égyptien par l'accord du 19 janvier 1899, signé entre le gouvernement britannique et le Premier ministre égyptien, Boutros Ghali. Peu après, celui-ci payera de sa vie sa soumission aux conditions de l'occupant.
L'hostilité latente s'exprime en de multiples incidents, dont le plus célèbre est le soulèvement de Denshewây. L'opposition, brisée par la défaite de ‘Urābī, se reforme derrière Mustafā Kāmil qui réorganise, en 1907, l'ancien Parti national et réclame l'évacuation des troupes anglaises, l'établissement d'une constitution et d'un parlement indépendant des pressions britanniques.
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