Les « siècles obscurs » qui commençaient, pour l'Égypte, en 1517, avec la conquête ottomane, s'achèvent brusquement, à la fin du xviiie siècle, par l'invasion de Bonaparte. Sous la domination des pachas turcs puis sous celle des beys mamelouks, le pays s'était progressivement appauvri et affaibli. L'admirable système d'irrigation, faute d'entretien, se dégradait, entraînant la ruine de l'agriculture et du commerce. Désormais, à la fin du xviiie siècle, les ressources de l'économie égyptienne servent moins à la prospérité du pays qu'aux besoins d'une poignée de dirigeants mamelouks préoccupés de leurs luttes locales ou personnelles. Les institutions politiques affaiblies par la décadence du pouvoir central s'effondrent au premier choc.
Épuisée par les divisions intestines et par le gaspillage de ses ressources, l'Égypte se trouve incapable de résister, en 1799, à l'invasion française. Après le long déclin qui la précède, celle-ci marque un tournant dans l'histoire du pays qu'elle fait entrer dans la « modernité ». L'Égypte abandonne alors un système politique et économique médiéval et tente de s'adapter aux progrès de l'histoire, activement, audacieusement, sous Muḥammad ‘Alī et Ismā‘ īl, avec des à-coups et des reculs durant les autres règnes. Elle se heurte à des difficultés considérables, nées certes de l'amplitude des clivages, mais surtout du caractère « importé » des idées nouvelles et des techniciens dans un pays où l'Islam est profondément mêlé à la vie politique et quotidienne, cela au moment même des pressions puis de l'occupation étrangères. On va donc assister à un progrès matériel et technique plus rapide que le développement intellectuel et culturel du pays, d'où une résistance émotionnelle des esprits à la culture moderne, un attachement à la tradition et le sentiment d'une continuité dans la lutte séculaire contre l'ennemi chrétien. D'où aussi la diffusion, au milieu du xixe siècle, des idées pan-islamiques d'un Djamāl al-Dīn al-Afghānī et d'un Muḥammad ‘Abduh, favorisée par la foi des […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 10 pages…




