6. Les sultans mamelouks
• Une puissance politique et économique
Les Ayyoubides laissèrent néanmoins quelques conceptions grandioses, que les sultans mamelouks surent exploiter. D'abord ils continuèrent, ils accentuèrent même le gouvernement des militaires, qui prennent définitivement le pas sur l'élément civil : la construction de la Citadelle en avait été le symbole. En second lieu, les Ayyoubides avaient fait en partie la preuve qu'un État formé de la réunion de l'Égypte et de la Syrie paraissait viable. Les principautés syriennes, qui presque toutes conservent intact leur territoire, furent incorporées comme provinces dans le système mamelouk. Enfin, le nouveau régime donna un caractère original aux prétentions panislamiques de la dynastie précédente. Les sultans mamelouks, non contents de conserver dans leurs protocoles le titre de sultan de l'Islam et des musulmans, donnèrent à l'État égyptien la qualification officielle de « royaume islamique ». Il est vrai que, grâce au sultan Baibars, les Mamelouks possédaient au Caire le calife abbasside ; cette présence conférait à l'État égyptien un surcroît de prestige et constituait un argument diplomatique pour les velléités d'un protectorat du Caire sur les villes saintes d'Arabie.
La politique des sultans mamelouks, à l'aurore de leur puissance, fut très habile. Leurs hommes d'État découvrirent que certaines nations occidentales désiraient commercer avec l'Égypte, au mépris des interdictions de la papauté. En ce domaine, les États des croisés faisaient preuve de certaines divergences et quelques-uns d'entre eux contribuaient à accroître les ressources de l'Égypte. Grâce aux convois de navires venus d'Europe, les Mamelouks purent se procurer les matières premières qui leur faisaient défaut, comme le fer et le bois ; en outre, les Génois leur amenèrent les esclaves qui formaient leur armée.
Ces relations constituent un fait nouveau. Certes, il serait faux de prétendre que, depuis la conquête arabe, l'Égypte avait rompu toutes ses relations avec l'Europe : ce qui est vrai, c'est que les maîtres de l'Égypte s'étaient jadis placés sur un pied d'hostilité avec le […]
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