3. Les Toulounides et les Ikhshidides
L'Égypte va en retirer, momentanément tout au moins, une existence propre. Un officier turc, Ahmed ibn Tulun, chargé de gouverner la province au nom d'un apanagiste de Bagdad, réussit à se constituer une armée et se déclara maître absolu. L'autorité mésopotamienne, en butte à des révoltes sociales en Mésopotamie et à l'ambition des condottieri saffarides, n'eut pas la force de résister. Toutefois, elle considéra Ibn Tulun comme un rebelle ; et seul le fils de ce dernier put négocier son indépendance moyennant un tribut. L'autonomie toulounide est plus importante pour l'économie nationale que pour la vie politique : le versement au Trésor califien fut d'abord supprimé, puis rétabli mais très diminué ; l'argent ne sortant plus du pays sans contrepartie, le bien-être de la population ne put que s'améliorer.
Ibn Tulun put donc fonder une capitale, nommée les Concessions, à cause des lotissements de terrains affectés aux principaux officiers de l'État. Il en subsiste la grandiose mosquée, symbole d'un art sobre et vigoureux, témoin d'un premier et brillant effort. Si brève qu'ait été la durée de la dynastie (868-905), il est légitime de parler de puissance et de civilisation toulounides. La situation morale et matérielle de son gouvernement, dans la première moitié de son règne tout au moins, était bien supérieure à celle du califat mésopotamien, obligé de compter avec l'Égypte. Quelques constatations générales se dégagent : le califat avoue son incapacité à dicter ses lois au monde musulman ; un prince peut gouverner l'Égypte d'une façon indépendante, mais, pour sa sécurité, il est obligé d'occuper la Syrie.
La mosquée d'Ibn Tulun est le plus ancien témoin architectural intact de l'art musulman en Égypte, et ce n'est pas le moins admirable, si l'on considère l'harmonie de ses proportions, la grâce de sa décoration sur stuc, la noblesse des gigantesques merlons qui dominent le mur d'enceinte, l'étrangeté du minaret qui rappelle, par-delà le modèl […]
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