1. Les dieux de l'Égypte
• Un monothéisme de fond
Lorsque le christianisme se répandit dans la vallée du Nil, il fallut traduire dans la langue du peuple les textes révélés. Depuis le iiie siècle de notre ère environ, les Égyptiens avaient pris l'habitude d'écrire leur langue en caractères grecs, ce qu'on appelle le copte. On sait combien il est difficile de traduire en langage populaire des textes religieux qui utilisent des conceptions abstraites comme celle de Dieu unique. Pour le copte, il n'y eut aucune difficulté ; tout naturellement, les traducteurs coptes désignèrent Dieu par le mot Nute, de l'égyptien ancien Neter, qui apparaît dans les premiers textes hiéroglyphiques. Comment expliquer qu'une religion apparemment polythéiste ait eu aussi, dès son origine, une conception abstraite, que l'on peut qualifier de monothéiste, de la divinité ?
C'est en effet par centaines qu'il faut compter les dieux de l'Égypte : divinités des nomes, dieux locaux et des grandes capitales ; dieux de formes diverses : homme, femme, chien, chatte, lionne, chacal, faucon, vautour, taureau, vache, bélier, scorpion, cobra, sycomore, lotus, flèches, etc. Remarquons toutefois que, malgré leur origine animale ou végétale, toutes ces divinités ont un aspect humain. L'anthropomorphisme apparut très tôt et les artistes égyptiens ont su adapter harmonieusement une tête animale à un corps masculin ou féminin. Lorsque la difficulté était trop grande, ils se contentaient de surmonter la tête de la divinité du symbole qui, à première vue, la distinguait : faisceau de flèches pour la déesse Neith, par exemple, ou fleur et bouton de lotus pour Nefertoum.
À cette « humanisation » générale des divinités correspond, en profondeur, une force divine indéterminée, impersonnelle, abstraite, celle justement que traduit le mot neter, et qui se retrouve chez toutes. Lorsqu'on analyse les caractères individuels d'un dieu, on s'aperçoit qu'ils appartiennent également aux autres dieux ; le nom et l'aspect de la divinité peuvent changer d'un sanctuaire à l'autre, s […]
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