4. La statuaire
Portraits d'éternité, les rondes-bosses figent les personnages dans des attitudes canoniques ; nulle disgrâce n'afflige leur corps, nulle émotion, nulle souffrance n'affecte leurs traits. Expression pour les rois de l'essence sacrée de la monarchie et consécration pour les dignitaires de leur réussite sociale, la statue transcende les contingences de la condition humaine. Tout signe particulier traduit moins une réalité physique qu'une qualité hautement revendiquée : l'embonpoint reflète une carrière florissante, les stigmates de l'âge la sagesse conférée par l'expérience. La ressemblance avec le modèle vivant n'est donc qu'accessoirement le but recherché, si bien que nombre d'effigies de particuliers s'inspirent du modèle créé pour leurs souverains, imité parfois pendant plusieurs générations. Les cas d'usurpation sont également fréquents, le nouveau propriétaire se contentant de faire regratter l'ancien nom et de retoucher parfois d'infimes détails.
• Le portrait royal
Les statues des rois de l'époque thinite et de l'Ancien Empire, qui proviennent pour la plupart des complexes funéraires pharaoniques, représentent les souverains dans l'acmé de leur existence : les corps, peu individualisés, sont robustes, les visages, plus nettement personnalisés, affichent une autorité souveraine. Les innovations concernent moins le style que les attitudes. Le premier exemple dûment authentifié montre le troisième roi de la IIe dynastie, Nynetjer, en posture assise, engoncé dans le court manteau blanc du jubilé, les mains repliées sur le buste, la tête coiffée de la couronne blanche conique. Cette œuvre en albâtre, de petite dimension (13,5 cm), apparaît comme le prototype des effigies des règnes suivants, de taille plus imposante. Celles de Khasekhemouy en greywacke (pierre cristalline gris foncé), datant de la même dynastie, portent sur le socle des silhouettes de rebelles de Basse-Égypte avec la mention de leur nombre : presque cinquante mille, ce qui n'a à l'évidence […]
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