Premier poète américain d'importance apparu au xxe siècle, Edwin Arlington Robinson est largement un produit du xixe siècle finissant. Proche des trois grands moments de ce siècle, le romantisme, la période victorienne et le transcendantalisme, il vient à l'existence en même temps que cet « Âge doré » que Mark Twain et Henry Adams vilipendèrent à leur heure.
C'est en 1869 que Robinson naît à Head Tide (Maine), troisième fils non désiré d'une famille vieillie. Il a dit un jour qu'il était né « la peau retournée » et que son existence avait été « un enfer sur la terre » ; à rapprocher les événements tragiques de sa vie et sa sensibilité exacerbée, on comprendra ce que son œuvre et son personnage peuvent recéler de noirceur et de pessimiste ironie. Ses deux frères, dont le second avait épousé la femme qu'il aimait, moururent tôt, déséquilibrés, et sa mère, déjà veuve, mourut peu après. Dans l'intervalle, Robinson n'avait pu suivre que deux années d'études à Harvard avant de devoir quitter l'université en raison des difficultés financières de sa famille. Aussi cet homme qui se sentira toujours raté accorde-t-il quelque importance aux signes extérieurs du succès tout en réservant un souverain mépris aux moyens triviaux d'y parvenir.
Son œuvre ne cesse de dénoncer un âge de fausseté, de clinquant et de tricherie, le temps de mensonge que fut la période séparant la guerre de Sécession de la Première Guerre mondiale aux yeux de nombreux lettrés américains. Homme fondamentalement honnête, habité de visions grandioses, excellent artisan du vers dont il apprend très tôt à maîtriser toutes les formes, E. A. Robinson se tournera de plus en plus vers le passé tout au long d'une solitaire et misérable vie.
Ses premiers écrits paraissent à compte d'auteur : The Torrent and the Night Before (1896), transformé, en 1897, en Children of Night. En 1898, il quitte pour New York la boom-town de Gardiner où il a grandi et s'adonne de façon croissante à la boisson, désespéré de n'être pas reconnu. Mais ses poèmes et son roman […]
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