Le prix de la mise en scène attribué au festival de Cannes, en 2000, à Yi Yi aura été une consécration tardive pour Edward Yang, un cinéaste discret, à l'indépendance farouche, qui est l'origine, avec Hou Hsiao-hsien, de la nouvelle vague taïwanaise du début des années 1980. Si son œuvre, forte seulement de sept longs-métrages, reste méconnue, en dépit du remarquable A Brighter Summer Day (1991), il n'en demeure pas moins que Yi Yi, son chef-d'œuvre, est le film de la maturité.
Edward Yang est né à Shanghai en 1947. Sa famille et son père, fonctionnaire au service financier du gouvernement nationaliste, le Guomindang, s'installent à Taïwan quand il est âgé de quinze mois. Bercé dans les années 1960 par la culture contemporaine américaine et japonaise (celle du manga, notamment), il se rend aux États-Unis où il vivra onze ans. Il suit une formation d'ingénieur en informatique et y travaille après avoir abandonné des études de cinéma, tout en se passionnant pour le nouveau cinéma allemand. De retour à Taipei en 1981, il est engagé par l'actrice et productrice Sylvia Chang, qui produira son premier long-métrage That Day, on the Beach, dont elle sera l'interprète principale, et participe à la réalisation d'une série télévisée, Eleven Women, dont chaque épisode est confié à un débutant. En 1981, le Central Motion Picture Corporation, organisme d'État sous le contrôle du Guomindang, pour conjurer la crise due à la désaffection du cinéma local par le public, recrute deux jeunes écrivains, Wu Nien-jen et Hsiao Yeh, par ailleurs scénaristes, afin de découvrir de nouveaux talents. Ainsi naît In our Time (1982), film découpé en quatre volets (Edward Yang donne le ton avec Hope, portrait d'une jeune fille qui découvre sa féminité), et premier jalon de la nouvelle vague taïwanaise.
Hsiao Yeh et Wu Nien-jen, figures clés de ce tournant, compteront dans l'œuvre de Yang. Le premier sera scénariste de The Terrorizer (1986). Le second, l'inoubliable interprète du personnage central de Yi Yi, sera le scénariste […]
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