2. Du côté de D. H. Lawrence et de Gide
Au fil de ces ouvrages, certains symboles reviennent de façon obsédante qui font de leur lecture non seulement un plaisir, mais un sujet d'études fort riche du point de vue psychologique et thématique. The Longest Journey, par exemple, met en scène un jeune homme empêtré, affligé d'un pied bot héréditaire et d'un père détesté, fasciné par la beauté et la santé qui lui font défaut, marié à une conventionnelle et cruelle Agnès. Comment ce mariage, contracté dans le vain espoir de s'insérer dans la vie (le premier « double » de Forster, l'Anglais Philip de Monteriano, avait eu soin de rester en marge), comment un métier – le professorat que Rickie exerce sans conviction dans un milieu haï (la public school de Sawston) – enlisent jusqu'à l'aliénation le malheureux, voilà le sujet de ce livre où Forster livre ses hantises personnelles : une horreur shelleyienne du mariage (le titre du roman est emprunté à Shelley) ; la méfiance à l'égard de l'amour unique, expérience vécue comme un amoindrissement ; le refus antivictorien de l'autorité, des idoles, des héros, des parents, de la loi, refus également présent dans The Ordeal of Richard Feverel de Meredith avec lequel le Journey a plus d'un point commun ; fascination lawrencienne avant Lawrence pour ce qui s'oppose : ainsi Rickie, l'intellectuel, est-il attiré par Stephen, le bâtard, son demi-frère, enfant de la nature. Ce Stephen, brutal, alcoolique, mais pur, et le Gino de Monteriano, comédien, sensuel, fainéant, chaleureux et intéressé, préfigurent de façon frappante la série des « amants » de D. H. Lawrence, gardes-chasse ou Mexicains. De même le rapport, ambigu et teinté d'érotisme, entre l'intellectuel et les fils de Pan, tel que Lawrence le développera plus tard, se trouve ébauché dans l'œuvre de Forster.
Le thème du voyeur participant à l'amour par procuration rapproche Forster de Henry James et de ses récits où l'on voit des célibataires en marge dialoguer avec d'indulgentes confidentes. Li […]
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