Dessinateur et peintre, Edward Lear, spécialiste d'ornithologie, auteur de livres de voyages, demeure essentiellement célèbre pour sa poésie de nonsense : poèmes comiques écrits pour les enfants d'une famille amie (comme le furent les Alice de Lewis Carroll), mais où les adultes d'un monde postfreudien découvrent des abîmes de révélation de soi et une contestation radicale de notre monde par un viol quasi constant du langage-sens auquel nous sommes habitués. Les limericks de Lear (petits poèmes épigrammatiques à forme à peu près fixe et illustrés par l'auteur) racontent, dans leur non-sens linguistique et leur totalité sonore, une histoire où les mots semblent s'être imposés d'eux-mêmes, remontant d'un inconscient « normalement » verrouillé pour se répandre en un jaillissement de fantaisie libre, à l'intérieur de la logique structure de l'absurde. Sans doute celui que les mots cherchent, et qui se cache deux fois, dans le texte, et en se caricaturant dans les illustrations, c'est ce vieil homme myope et barbu, rond comme Humpty-Dumpty, Lear lui-même, souvent périlleusement perché sur un objet instable (un rebord de fenêtre, par exemple), grotesque à en […]
