Généticien américain. Né le 20 mai1918 à Wildes-Barre (Pennsylvanie), Edward Lewis, diplômé du California Institute of Technology (1942) où il a étudié sous la direction d'Alfred Sturtevant, effectue sa carrière d'enseignant dans cette institution à partir de 1946. Lewis s'est attaqué au problème des rapports entre génétique et embryologie. Dans les années 1940 à 1950, quand il a commencé ses travaux, le concept de programme génétique n'était pas suffisamment élaboré. Pourtant, il recherche des mutants de développement. Il s'inspire pour cela des observations de William Bateson qui, à la fin du xixe siècle, avait observé dans la nature le phénomène de transformation homéotique (homéose). Chez certains animaux, des organes bien formés apparaissent à des endroits inattendus de l'organisme. Lewis s'intéresse, chez la drosophile, à un mutant présentant une transformation homéotique : les balanciers sont transformés en ailes. La mouche mutante dans le gène Ultrabithorax (Ubx) possède quatre ailes au lieu de deux. En 1978, il publie dans la revue « Nature » une synthèse de ses travaux. Il montre que les mutations qui affectent l'identité des segments postérieurs de l'animal sont groupés en un complexe de gènes, le complexe bithorax. Lewis définit la règle de colinéarité : ces éléments génétiques sont disposés sur le chromosome dans le même ordre que le sont les segments qu'ils déterminent le long de l'axe antéro-postérieur de l'animal. Il propose également une implication évolutive à son modèle : les gènes du complexe seraient issus par duplications successives d'un même gène ancêtre.
Le prix Nobel 1995 de physiologie ou médecine a été attribué à Edward B. Lewis, Christiane Nüsslein-Volhard et Eric F. Wieschaus pour leurs travaux sur la reconnaissance de la génétique du développement des êtres organisés. Plus qu'une découverte, ce prix récompense une démarche qui a provoqué une véritable révolution conceptuelle dans notre regard sur les premières étapes de la vie.
Hervé LE GUYADER
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