4. Munch et l’expressionnisme
Avec son tableau oppressant Le Cri (1893, Nasjonalgalleriet, Oslo), Edvard Munch annonce la naissance d'une esthétique radicalement anti-académique : l'expressionnisme, dominée par une tension psychologique introspective quasi paroxysmique à l'origine de saisissants signes physiognomoniques. Sa portée sera immense dans l'art occidental tout au long du xxe siècle. La technique spontanée et le contenu sans concession de ses œuvres (tableaux et gravures sur bois), conséquences d'une expérience existentielle douloureusement assumée, marqueront sensiblement – mais dans des circonstances idéologiques contradictoires – de nombreux « fils spirituels », notamment : les représentants expressionnistes et néo-expressionnistes européens et américains, depuis Die Brücke jusqu'à Georg Baselitz (Homme avec voilier-Munch, 1982, Staatsgalerie, Stuttgart), en passant par Cobra, Francis Bacon, Willem De Kooning ou encore Bengt Olson, pour ses « dépaysages » extatiques.
Fasciné par le concept de métabolisme, Munch exprime l'idée que l'humanité et la nature sont inexorablement unies dans le cycle de la vie, de la mort et de la renaissance. Dans ce cadre, il élabore une iconographie inédite, en grande partie inspirée par les philosophies « vitalistes » de Friedrich Nietzsche et d'Henri Bergson. Un retour conscient et réfléchi aux données de l'intuition singularise son œuvre à partir de 1892. Ses préoccupations éthiques bouleversent les valeurs convenues et apportent un substrat de critique morale et sociale d'une acuité toute nordique [voir les œuvres de la Finlandaise Helene Schjerfbeck, du Norvégien Gustav Vigeland, du Danois Kai Nielsen, du Suédois Anders Zorn...], célébrant le pouvoir des forces pulsionnelles, évoquées dans un style fluide et par des coloris d'une grande fraîcheur.
Les autoportraits, les scènes érotiques ou naturistes (période dite de Warnemünde, 1907-1908), comme les paysages dans lesquels règne la lumière salvatrice du Soleil (Le Soleil, 1909 […]
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