Fils de paysans de Bohême du Sud, Edvard Beneš s'affirme tout d'abord comme universitaire et publiciste. Il étudie la philosophie, la philologie romane et la science politique à l'Université de Prague puis à celle de Dijon, dont il devient docteur en droit en 1908. Beneš commencera par écrire dans la presse social-démocrate tchèque. Sous l'influence combinée du radicalisme franc-maçon français et de l'individualisme critique de son professeur Tomáš Masaryk, il s'éloigne vite du marxisme. De 1909 à 1915, il enseigne à Prague l'économie politique et la sociologie dans l'esprit de l'École libre des sciences politiques de Paris, qui restera sa véritable alma mater.
Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il contribue à organiser la « maffia » qui renseigne l'Entente sur les activités du gouvernement austro-hongrois. Dès septembre 1915, il est à Paris où son activité est double : publications d'articles et de pamphlets anti-austro-hongrois, dans lesquels « Bělský » (Beneš) évolue de l'autonomisme à l'indépendantisme et du « tchéquisme » au tchécoslovaquisme ; et activité politique en liaison avec Masaryk qui réside d'abord à Londres. Secrétaire général du Conseil national tchécoslovaque en février 1916, il le transforme progressivement en gouvernement provisoire (juin 1918), grâce à ses amis Briand, Pichon et Balfour.
Ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères du premier gouvernement tchécoslovaque, il dirige la délégation de son pays à la Conférence de la paix. Il en ramène des frontières stratégiques sûres et un statut de pays vainqueur, même s'il ne parvient pas à démembrer ce qui reste d'Allemagne et de Hongrie.
Artisan, avec la France, d'une alliance de revers contre l'Allemagne et la Hongrie, il construit de 1920 à 1924 le système de la Petite Entente qui groupe autour de la Tchécoslovaquie et de la France la Roumanie et la Yougoslavie. Dirigeant du Parti socialiste-national à partir de 1920, il est la cheville ouvrière du rassemblement du Château qui se constitue autour de la personne de Masaryk, […]
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