3. Le pouvoir
Bernstein fournit à tous les courants de la droite socialiste la justification théorique qui leur manque : les politiciens millerandistes avides de participer au pouvoir, les praticiens réservés à l'égard de la théorie, les « impérialistes » qui adhèrent à la politique militaire et coloniale de l'Empire allemand, les dirigeants des syndicats et des coopératives trouvent, chez Bernstein, l'écho de leurs préoccupations. La gauche du mouvement, Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Klara Zetkin, lui est violemment hostile. Le centre orthodoxe (August Bebel, Karl Kautsky, principal adversaire de Bernstein sur le plan théorique) a une attitude ambiguë, reflet de sa position contradictoire ; s'il pratique une politique concrète proche de celle de Bernstein, il reste attaché à l'idéologie révolutionnaire classique du mouvement ouvrier.
Aux congrès de Stuttgart (1898), de Hanovre (1899), de Lübeck (1901) et de Dresde (1903), la conjonction de la gauche et du centre assure le succès de l'orthodoxie marxiste sans que l'hérétique soit exclu.
Le glissement vers la droite de la social-démocratie jusqu'en 1914 assure la diffusion des thèses révisionnistes. Paradoxalement, Bernstein refuse la politique d'union sacrée et rejoint Kautsky et l'aile gauche de la social-démocratie dans le Parti socialiste indépendant (U.S.P.D.) ; son libéralisme, son attachement à la démocratie l'amènent à condamner la politique militariste de son pays. Il prend une part active à la naissance de la république de Weimar, incarnation du régime politique pour lequel il a combattu toute sa vie. Il meurt à près de quatre-vingt-trois ans, six semaines avant l'arrivée au pouvoir de Hitler.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



