2. Le révisionniste
Le révisionnisme se situe dans le cadre du marxisme. Il ne se propose pas de détruire ou de remplacer, mais de critiquer, d'inventorier et de prolonger. Sur le plan théorique, Bernstein met en cause la dialectique hégélienne, schéma spéculatif séduisant, mais dont le formalisme, selon lui, ne correspond qu'assez rarement aux faits. L'analyse économique marxiste, quant à elle, maintient des formules qui ne sont pas conformes aux faits. Le mouvement de prolétarisation n'est pas évident ; au contraire, la structure sociale se diversifie et la richesse sociale se diffuse de plus en plus largement. La thèse de la concentration du capital se trouve démentie par le maintien des petites et moyennes entreprises. Les facteurs de crises économiques subsistent. Mais leurs effets sont contrecarrés par d'autres facteurs ; rien ne permet d'affirmer que l'amélioration constatée à la fin du xixe siècle est provisoire. La stratégie proposée par Bernstein s'articule sur une conception nouvelle du socialisme : celui-ci ne peut se résumer à l'expropriation des capitalistes. Il faut en outre que le prolétariat soit capable de gérer les entreprises. Il doit allier la maturité économique à la maturité politique. Fortement impressionné par l'expérience des coopératives britanniques, Bernstein voit dans les associations économiques l'école de gestion du prolétariat. La démocratie, dans ces conditions, « est à la fois moyen et but. Elle est le moyen pour établir le socialisme, en même temps que la forme de sa réalisation ». La social-démocratie doit répudier les formules antidémocratiques, comme la dictature du prolétariat et la prise du pouvoir par la violence. Pratiquement, elle s'est placée sur le terrain démocratique ; théoriquement, elle doit revendiquer l'héritage du libéralisme, en tant que mouvement historique : « Qu'elle ose paraître ce qu'elle est. » Cette apostrophe de la Marie Stuart de Schiller, Bernstein la lance à la social-démocratie.
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