2. La charnière des deux siècles
Enrichi par son incursion dans l'univers irréaliste des nabis, rompu à toutes les difficultés techniques, Vuillard peut enfin retourner à sa vocation de « peintre de la réalité ». Des changements importants interviennent dans sa vie. Les amis de La Revue blanche se dispersent (elle cesse d'exister en 1903) ; les anciens nabis travaillent désormais chacun pour soi. Sous l'influence de Mme Hessel, la femme d'un marchand de tableaux, qu'il a rencontrée en 1900, Vuillard pénètre dans un milieu riche et matérialiste. Le clair-obscur évocateur des brumes symbolistes fait place, dans ses tableaux, à un monde bien réel, où l'espace s'approfondit, où la lumière pénètre franchement. Le chatoiement des touches évoque l'impressionnisme (Femme en bleu à son secrétaire, coll. Grandjean-Hessel). Vuillard s'inspirait déjà du Monet des Femmes au jardin dans les Jardins publics de 1894, mais alors il prenait soin d'éteindre les reflets, de synthétiser les effets de nature. Après 1900, il assimile pleinement les leçons de l'impressionnisme : celles de Monet, mais aussi celles de Renoir, peintre de L'Après-midi des enfants à Wargemont (cf. Mesdames Bernheim-Jeune et leurs fils, 1905).
Désormais, Vuillard poursuit sa recherche du réel, élargissant le cercle étroit de ses premières intimités. Il peint des gens de théâtre, des gens du monde. Les préoccupations décoratives de la période précédente ne dirigent plus autant l'organisation du tableau : le réalisme l'emporte.
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