Après de très irrégulières études, son père malade s'en remettant à lui des charges de la famille, le jeune Drumont est, à vingt ans, employé de l'Hôtel de Ville de Paris. Il y reste six mois et se lance aventureusement dans le journalisme : quelques chroniques au Moniteur du bâtiment. Ce départ modeste lui permet de se frayer un chemin parmi quelques-unes des innombrables publications de l'époque, qui lui prennent de rares articles et le chargent parfois de faire du porte-à-porte pour recueillir des abonnements. Ces obscures activités lui permettent cependant de faire la connaissance de célébrités comme Barbey d'Aurevilly, Victor Duruy, Henri Lasserre, Alphonse Daudet. Un article qu'il rédige sur Émile de Girardin, directeur de La Liberté, lui ouvre les portes de ce journal ; c'est le vrai et sérieux début dans la carrière.
Son œuvre littéraire commence en 1878 avec Mon Vieux Paris, inspiré par les événements de la Commune. C'est l'époque où, après avoir manifesté sa sympathie aux idées du comte de Chambord, il s'en éloigne, lui reprochant son manque d'audace. En 1886, la parution de La France juive déclenche les passions ; il a un duel avec Arthur Meyer, directeur du Gaulois (lequel, de façon inattendue, approuvera vingt-cinq ans plus tard l'antisémitisme de Drumont), déchaîne une presse très partagée, connaît le succès.
Enfin, en 1892, Drumont, qui est journaliste avant tout, fonde son propre journal, La Libre Parole, où se développent des thèses très voisines du socialisme et dont le premier coup d'éclat est la publication d'un dossier qui deviendra bientôt « le scandale de Panamá ». Un moment ralenti, le succès de La Libre Parole connaît un renouveau avec l'affaire Dreyfus, cependant que, idéologiquement, son directeur, qui a proclamé que « le capitalisme est à la propriété ce que Caïn est à Abel », devient le porte-drapeau adulé ou détesté d'un antisémitisme et d'un anticapitalisme qui se confondent sans pouvoir édifier vraiment une doctrine.
Il ne manquait à Drumont qu'une e […]
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