2. Le dialogue avec les livres
Bon nombre des images d'Edouard Boubat, comme celle de la poule sous son arbre (1950), celle des enfants jouant au jardin du Luxembourg sous la neige (1955) ou celle d'une jeune mère indienne face à la mer (1971), lui ont valu de toucher un large public. Résolument étranger à ce que le malheur, la misère, la guerre peuvent procurer de sensationnel, réfractaire aux clichés volés d'un Cartier-Bresson et plus encore aux arrangements d'un Doisneau, le style de Boubat conforte peu à peu la réputation d'un photographe singulier, toujours respectueux des sujets croisés au hasard de ses voyages. Son premier livre, Ode maritime, publié en 1957 chez le Japonais Heibonsha, révèle une vision poétique de l'univers de la pêche et des pêcheurs, photographiés à bonne distance, dans la poésie des grèves, des barques et des filets. En 1966, Bernard Georges publie un premier essai monographique, Edouard Boubat.
Le succès populaire de Boubat en fait un auteur heureux et lui permet de revenir sur sa production, à travers des sujets toujours au centre du regard qu'il promène sur le monde. Femmes (1972) illustre la beauté pure, l'enfance, la maternité ou le grand âge avec la même sensibilité. Ce thème de prédilection revient en 1980 avec Préférées, puis dans Vues de dos (1981), dans Comme avec une femme (1994), sept ans après Lella, le recueil dédié à la muse des premières années (1987). Le thème de l'enfance est un sujet également récurrent. Anges (1974), que présente le joli texte d'Antoine Blondin, rassemble en un petit format précieux les enfants des processions religieuses suivies au cours des premiers voyages d'Europe du Sud. Avec le même auteur, Mes Chers Enfants (1991) célèbre la jeunesse du monde entier, photographié pendant plus de quatre décennies. La poésie pure s'exprime dans Arbre : portrait, réalisé en collaboration avec Bernard Noël, et dans Les Fenêtres de Boubat, sur des textes de Michel Butor et Dominique Preschez (1991 et 1993). Parisien dans l'âme, Edouard Boubat consa […]
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