2. Le poète
La poésie de Sanguineti, et particulièrement dans sa première période (Laborintus et Erotopaegnia), peut apparaître comme l'équivalent linguistique de la recherche musicale de Berio, le poète choisissant la voie du langage expérimental pour apporter, selon une tradition inaugurée par Gozzano, un ultime démenti au « sublime » que veut à tout prix tenter de sauver un monde auquel il est désormais impossible d'adhérer. La poésie devient un acte violent qui tend à révéler le « profond » par la mise en évidence des contradictions entre la conscience et la réalité, entre la théorie et la praxis, et qui retrouve les instincts, oniriques et sexuels, généralement mis en marge de la réalité et soumis à des mécanismes répressifs par une société soucieuse uniquement de profit. Aussi le langage poétique doit-il, pour Sanguineti, abandonner toute hiérarchisation des signes, reflet et instrument de la hiérarchisation des valeurs dans la réalité.
D'où ce langage expérimental, qui rend aux signes leur autonomie, les fait échapper aux rapports de dépendance et de réciprocité qu'ils entretiennent entre eux et avec la réalité : langage chaotique qui, par le refus de la syntaxe et par une nouvelle ponctuation faisant éclater la phrase, mêle les langues (Sanguineti se souvient à ce propos de l'avant-garde, mais surtout de Pound et d'Eliot). Le texte se présente en effet comme une mosaïque d'anglais, d'allemand, d'italien, de français et de latin ; mais le français y est savant et ancien, le latin médiéval (le titre, Laborintus, est emprunté à un rhétoricien du xiiie siècle, Evrard l'Allemand), « langues mortes d'une réalité morte » (G. Sica). Un matériel linguistique fragmentaire vient signifier l'inéluctable écroulement de la société capitaliste.
L'entreprise poétique de Laborintus, entreprise de négation et, en quelque sorte, de « purification » – en sortir « avec les mains sales, certes, mais en laissant la boue derrière soi », écrit Sanguineti –, devait, de l'avis même de l'auteur, être trahie, […]
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