Poète anglais qui a longtemps été tenu, par un curieux verdict, pour un des plus parfaits. Dryden faisant grand cas de Waller et, à la fin du xviiie siècle, on le proclamait encore « le plus célèbre poète lyrique que l'Angleterre ait produit ». Réputation bien surfaite : aller jusqu'à dire qu'il avait « révolutionné la poésie anglaise » était certes exagéré. Il serait plus juste de dire qu'il a été, de tous les poètes, le plus riche et le plus parfait courtisan.
Héritier du domaine de Beaconsfield dans le Buckinghamshire, Waller, après la filière aristocratique d'Eton et de King's College, Cambridge, entra au Parlement très jeune et épousa une riche héritière que convoitaient d'autres soupirants. Ce mariage fit quelque peu scandale. Il y eut même un procès. Avec ses huit mille livres de revenu, somme énorme pour l'époque, Waller était certainement le plus riche poète anglais ! Veuf en 1634, ce fut l'époque où il s'éprit de lady Dorothy Sidney, qu'il appela Sacharissa (en souvenir de Stella) et à qui il adressa des vers célébrant sa beauté et sa froideur, à l'instar des grands sonnettistes de la Renaissance. Mais ces vers de circonstance — sur un portrait de lady Dorothy Sidney par Van Dyck, sur une promenade (At Penhurst) où il imagine que la nature entière est émue par la beauté de la dame, et sur d'autres sujets insignifiants — sont loin de nous convaincre de l'ardeur, peut-être aussi de la sincérité, des sentiments du poète.
Mais Sacharissa, comme bien d'autres objets d'admiration, ne fut qu'un prétexte, ou un épisode, pour écrire des vers bien soignés, en distiques réguliers. Waller se remaria avec une autre femme que Sacharissa et s'adonna à la vie politique. Au Parlement, il fut un brillant orateur, très écouté, encore que versatile. Dans les temps troublés des dernières années de Charles Ier, il passa de l'opposition au parti du roi et fut, en 1643, le principal instigateur d'un complot royaliste qui échoua. Arrêté, il eut des moments difficiles et, sans doute, il avoua et compromit se […]
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