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BURKE EDMUND (1729-1797)

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3.  La critique des droits de l'homme

Reprenant l'antique distinction, renouvelée par Grotius, entre droits naturels et droits civils, Burke assimile les premiers au pouvoir plein et entier qu'a chacun de disposer de lui-même et souligne que les seconds doivent toujours résulter d'une convenance (convenience). S'il est aisé, mais au fond superflu, de définir les droits naturels dans leur abstraction métaphysique, rien n'est plus délicat et complexe que de régler les droits civils, c'est-à-dire de fixer la juste distributiondes pouvoirs. Car cela suppose non seulement une connaissance approfondie de la nature et des besoins des hommes, mais la prescience de tout ce qui peut faciliter ou entraver le développement général et particulier.

Pourquoi, alors, la déclaration de 1789 ferait-elle état de « faux droits » ; Parce qu'elle confond, selon Burke, droits naturels et droits civils, liberté et simple arbitraire, reconnaissance d'une aspiration idéale et satisfaction de besoins concrets. Faire croire que les devoirs ou les contraintes ne font pas partie, au même titre que les libertés, des droits de l'homme, tel est le germe de toute duperie. Tel est, de surcroît, l'alibi d'un mauvais gouvernement et d'un gouvernement profondément néfaste, qui, oubliant que la société civile est d'abord une « institution de bienfaisance », s'occupe de métaphysique abstraite au lieu de chercher à donner aux hommes le plus possible de liberté concrète.

Bref, à une métaphysique erronée, qui fait fi de l'histoire pour considérer l'homme tel qu'il n'a jamais existé et n'existera jamais, les proclamateurs de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen adjoignent une politique fondée sur l'arrogance et le mépris.

Il faut dire ici que, à la différence de Locke, Burke refuse de considérer le pouvoir politique comme une émanation du peuple. Les citoyens ne sauraient choisir et déposer leurs rois pour instituer leur propre forme de gouvernement. Toute l'interprétation que donne Burke de la Constitution anglaise et de la « glorieuse révolution » vise à montrer que, puisque l'énoncé des droits et libertés du sujet est lié dans un même acte à celui qui fixe l'ordre de succession à la Couronne, c'est qu'ils sont inséparables. De fait, Burke n'est pas démocrate et se réclame même d'Aristote pour souligner la « ressemblance frappante » de la démocratie avec la tyrannie.

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