2. Une philosophie des passions
Pour comprendre la démarche de Burke, il faut d'abord s'attacher à la philosophie des passions qu'élabore la Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau. Bien avant Freud, Burke conçoit une opposition irréductible entre une expérience fondée sur l'amour, la communicabilité et l'aisance relationnelle et une expérience qui vise à tenir à distance et à maîtriser la terreur qui submerge le moi, lorsqu'il s'éprouve menacé dans son intégrité physique, psychologique ou morale. Si ces deux types d'expériences engendrent, certes, du plaisir, celui-ci est positif et immédiat dans le premier cas, relatif et médiat dans le second : le delight naît de l'éloignement de la crainte et de la souffrance.
D'un côté, les passions sociales fondent directement les vertus inférieures ou domestiques, de l'autre, les passions relatives à la conservation du sujet exigent d'être dominées, de manière à produire les plus hautes vertus, politiques et militaires. Là, l'ordre et l'harmonie constituent le règne du beau et font du goût le ciment le plus sûr d'une société et d'un État ; ici, au contraire, on assiste à l'émergence seulement éventuelle et toujours imprévisible du sublime ; et le risque demeure d'une terreur destructrice qui, ou bien interdirait l'apparition du sublime, ou bien en rendrait la reconnaissance impossible.
Quel rapport assigner, dans ces conditions, entre passions sociales et passions du moi, vertus domestiques et vertus politiques ; Loin de placer la liberté, à l'instar des Anciens, dans la seule vie politique, en faisant de la famille le règne de la violence et de son chef un « despote », Burke soutient que « le premier principe de toutes les affections publiques, on pourrait dire son germe, c'est l'attachement à la catégorie sociale qui est la nôtre, c'est notre amour du petit groupe dont nous faisons partie. C'est là le premier anneau de la chaîne qui nous conduit à l'amour de la patrie et de l'humanité ». L'élégance et le […]
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