Sculpteur parmi les plus illustres sous le règne de Louis XV, Bouchardon est considéré par ses contemporains comme l'artiste qui a « amené le goût simple et noble de l'antique » (Cochin). Son rôle fut en effet celui d'un précurseur : alors que les Adam et les Slodtz portaient à son extrême épanouissement le style rocaille, il s'en détourna pour se faire l'interprète du mouvement culturel qui, à partir de nouvelles connaissances archéologiques, préconisait le retour à un idéal classique. Son œuvre, accomplie avec une rigueur de théoricien, annonce et, dans une certaine mesure, prépare le classicisme de la fin du siècle ; appréciée par les fervents de l'art antique, tel le comte de Caylus, elle ne rencontra pas la faveur du grand public.
Bien qu'il ait exercé après sa mort une influence considérable, E. Bouchardon n'a pas formé une école ; ce n'est pas son élève Vassé, mais Pigalle, qu'il indiqua lui-même comme son véritable successeur.
1. Le séjour à Rome
Fils d'un modeste sculpteur provincial, Bouchardon reçut sa première formation dans l'atelier de son père. Il quitta Chaumont en 1722 pour entrer à l'école de Guillaume Coustou père à Paris et, l'année suivante, ayant remporté le premier prix de l'Académie, il fut nommé, avec L.-S. Adam, pensionnaire du roi à Rome. Là, son intérêt se porta surtout sur l'Antiquité classique, qu'il étudia avec une passion d'archéologue. Il s'en inspirera aussi bien dans des copies, comme celle, admirable, du Faune Barberini de 1726, que dans ses créations, telles que le Buste à l'antique du baron von Stosch de 1727 et la statue de Louis XV en Apollon de 1730. Il ne fut pourtant pas insensible à l'influence de Bernin qui, à l'époque, dominait encore la sculpture romaine. Quelques bustes de cette période, ceux du Pape Clément XII et du Cardinal de Polignac de 1731, qui lui valurent une grande réputation, appartiennent, pour l'expression psychologique du portrait et le traitement des tissus où jouent de subtils effets de lumière, à la tradition baroque de Bernin.
2. L'activité parisienne
Il revint à Paris en 173 […]
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