On s'accorde à dire qu'Edith Södergran fut le « Rimbaud du Nord », l'apôtre du modernisme scandinave. Cette Finno-Suédoise morte de tuberculose à trente et un ans traversa le ciel de Finlande comme un météore ; elle révolutionna, en six ans, le lyrisme nordique en cinq minces recueils : Poèmes (Dikter, 1916), Le Pays qui n'existe pas (Landet som icke är, 1920), La Lyre de septembre (September-lyran, 1918), L'Autel de roses (Rosenaltaret, 1919) et L'Ombre de l'avenir (Framtidens skugga, 1920). Ayant tout découvert comme par grâce, indépendamment de toute école mais au prix de lectures désordonnées, puis, n'ayant pu épuiser en poésie sa rage d'absolu, elle choisit finalement et simultanément de se taire et de se convertir au catholicisme.
Il en va d'elle en littérature comme de ces phénomènes après lesquels rien ne peut plus être comme avant : les poètes du Nord dans leur ensemble ont reconnu à l'envi leur dette ; elle leur a donné les clefs du nouveau royaume et P. Lagerkvist, A. Lundkvist, G. Ekelöf, H. Martinson, entre autres, l'ont avoué. Et le plus remarquable est que l'on […]
