Historien de l'art ayant enseigné en Allemagne, puis aux États-Unis et en Grande-Bretagne, Edgar Wind est surtout connu en France par la traduction que Pierre-Emmanuel Dauzat fit de deux de ses ouvrages, Art et anarchie (Gallimard, 1988) et Mystères païens de la Renaissance (Gallimard, 1992), qui en firent un théoricien de l'art et le représentant de l'école d'Aby Warburg. Le premier livre était le recueil de ses Reith Lectures, six émissions radiophoniques qu'il donna à la British Broadcasting Corporation en 1960 et qu'il publia en 1963 ; le second étudiait la renaissance des anciens mystères du paganisme dans l'art et la philosophie néo-platonicienne de la Renaissance, et parut en 1958 pour devenir un classique sur le sujet. Par sa formation comme par son œuvre, Edgar Wind dépassa les différentes catégories reconnues de la discipline et associa tout au long de sa carrière les points de vue du philosophe et du connaisseur d'art.
1. À l'école de Warburg
Edgar Wind est né à Berlin en 1900. Il commença par former son goût à l'étude des classiques et s'orienta ensuite vers la philosophie et l'histoire de l'art à Berlin, Fribourg, Vienne. En 1922, il obtint sa thèse de doctorat à Hambourg, sous la direction d'Erwin Panofsky (1892-1968), avec un travail sur les rapports entre l'expérience esthétique et les faits historiques. Toujours à Hambourg, il suivit les cours d'Ernst Cassirer (1874-1945) avant de prendre ses distances et d'acclimater à l'étude de l'art le pragmatisme de Charles S. Peirce (1839-1914), qu'il découvrit alors qu'il enseignait la philosophie en Caroline du Nord, au cours d'un séjour aux États-Unis pendant les années 1925-1927. De retour à Hambourg, il devint assistant de recherche à la bibliothèque Warburg et profita de ses immenses lectures pour réussir la synthèse du pragmatisme avec le concept d'histoire culturelle, tel qu'Aby Warburg (1866-1929) l'avait défini. Edgar Wind s'intéressa au pouvoir qu'exerçaient les images sur la psychologie individuelle, il scruta aussi la signifi […]
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