Varèse est, sans conteste, l'un des compositeurs les plus imposants du xxe siècle. Son impulsion créatrice, qu'il puisa aux sources mêmes de la musique – la Terre et le Cosmos –, il la communiqua à tous les musiciens du monde dont l'art est en plein devenir. Ses œuvres, jalons successifs de ses découvertes, heurtèrent brutalement le public. Il fallut des décennies pour que sa musique franchisse le seuil d'incompétence des auditeurs. Varèse attendit l'âge de soixante-dix ans pour être célébré et honoré selon ses mérites. Exemple unique en musique d'un créateur porteur d'un message qu'il transmit malgré les entraves apparemment les plus irréductibles.
1. Un compositeur libre
Edgar Varèse (Edgard pour l'état civil) est né à Paris, de Blanche Cortot, fille de Bourgogne, et d'Henri Varèse, enfant du Piémont (Italie). Il devint le bon vivant bourguignon, qui aime bien boire et bien manger, et resta, malgré une solide éducation, le méridional exubérant. Alejo Carpentier le dépeint justement lorsqu'il affirme : « Varèse parlant était un spectacle verbal. » L'enfant Varèse fut traumatisé dès sa jeunesse par la mésentente de ses parents. Il passa son adolescence à Turin, et là, deux faits capitaux allaient orienter son destin : d'une part, il eut la révélation de l'innéité de sa vocation de compositeur et fit le serment de tout sacrifier à cette carrière ; d'autre part, il dut rompre douloureusement et définitivement avec son père, à la suite d'une scène irrémissible, où il prit la défense de sa mère. Il quitta sa famille et arriva à Paris, sans ressources, mais décidé à poursuivre ses études musicales. Son cousin, Alfred Cortot, pianiste de renom international, facilita son admission à la Schola Cantorum. Varèse entra ensuite au Conservatoire national dans la classe de C.-M. Widor, d'où son non-conformisme le fit exclure. Il se sentait alors assez sûr de son métier pour commencer une carrière de compositeur libre, libre d'écrire sa musique, celle qu'entendait son oreille intérieure, dissemblable […]
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