2. Un écrivain moderne
• La critique
Journaliste par nécessité, Poe fut un critique implacable qui, dans ses meilleurs morceaux, fonda une critique textuelle où certains voient les premières manifestations de la nouvelle critique américaine. Il lutta avec passion contre les influences européennes et fit beaucoup pour réduire le crédit accordé aux auteurs de tradition européenne et aux mièvres romanciers et poètes de l'Amérique de la première moitié du xixe siècle.
De cette œuvre considérable, on ne retient trop souvent que La Genèse d'un poème, où Poe prétend avoir calculé en détail chacun des effets de son poème Le Corbeau, qu'il aurait écrit à rebours, et Le Principe poétique, traditionnellement considéré – à tort, semble-t-il – comme l'une des premières formulations de la théorie de l'art pour l'art.
Ces deux morceaux ne sont que l'aboutissement d'une série de manifestes critiques dans lesquels Poe s'élève contre toutes les formes du didactisme et du lyrisme de convention. Ennemi acharné de l'improvisation et de la négligence formelle, il fonde sa propre théorie sur le principe de l'effet, qui doit être unique et indéfini (d'où la nécessité du poème court) et dont le seul but est de susciter le « sentiment poétique » chez le lecteur. Ses études sur le vers et les strophes répondent à un souci constant de perfectionnement de l'effet produit. Sa théorie du conte est celle d'un artiste minutieux, soucieux avant tout d'unité (d'intrigue, d'atmosphère et d'effet) : aucun élément du conte ne peut être supprimé sans entraîner la destruction de l'ensemble et chaque mot ne trouve sa signification ultime que dans ses rapports multiples avec les autres mots d'une trame admirablement « concaténée », comme disait Baudelaire. Cependant, il n'exclut pas la recherche de la vérité du domaine de la prose et se fait le défenseur d'un symbolisme discret dont la signification se trouve dans un « courant souterrain » à peine suggéré.
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