La notoriété d'Edgar Lee Masters est surtout due à un volume inspiré des Grecs que William Marion Reedy publia en série à Saint Louis dans son journal, le Mirror, au cours des années 1914 et 1915. Édité en recueil en 1915, The Spoon River Anthology n'est cependant que l'une des quelque cinquante œuvres de Masters.
Né à Garnett, dans le Kansas, Masters grandit à New Salem dans l'Illinois et, après des études de droit, entama une carrière d'homme de loi à Chicago en 1891. Ses premiers écrits, pièces de théâtre et poèmes, parurent dès 1898 ; mais ces œuvres, fortement marquées par l'influence de Poe, de Whitman, de Shelley et de Swinburne, n'attirèrent aucunement l'attention.
Frappé, en 1909, par la lecture des épigrammes de l'Anthologie grecque, Masters eut l'idée de composer un ensemble de plus de deux cents monologues constituant les prétendues épitaphes des habitants de Spoon River, village issu de la fusion imaginaire de Lewistown et de Petersburg, bourgades de l'Illinois.
L'Anthologie de Spoon River est l'un des produits les plus remarquables du mouvement de révolte contre la petite ville et le village, mouvement qui secoua le Midwest au début du xxe siècle et dont les monuments en prose sont l'œuvre de Floyd Dell, de Sherwood Anderson et de Sinclair Lewis. Une ironie caustique fait rédiger à Masters des « confessions » posthumes qui jettent une lumière particulièrement dévastatrice sur la moralité affichée de leur vivant par les villageois décédés. Une habile structure de mise en perspective des monologues les uns par les autres — échos, renvois et allusions croisées — révèle les tensions, les contradictions, l'hypocrisie et la difficulté à vivre des personnages qui prêtent chacun leur nom aux différents tombeaux. L'amertume et la frustration, une violence vécue ou rentrée, donnent à ce volume sa tonalité remarquable, que seule la maladresse didactique de la grandiloquente allégorie dramatique qui le clôt vient déséquilibrer. Respectabilité, humilité, civisme, rectitude morale sont impitoy […]
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