5. Intérêt proprement littéraire
En dehors de toute analyse proprement religieuse, ou mythologique, historique ou comparatiste des textes des Eddas, trois traits méritent l'attention. Les poèmes eddiques valent d'abord par leur forme et leur art. On peut dire que leurs auteurs se sont attachés au moins autant à l'expression qu'au contenu et que, en conséquence, c'est souvent une mythologie ou un héroïsme proprement poétiques qu'ils dépeignent. Comme si la métaphore, souvent, engendrait le mythe au lieu de le traduire. Ainsi a-t-on pu proposer du Skirnisför une interprétation naturaliste et purement symbolique. En second lieu, il ne faut jamais oublier que ces textes ont été écrits, sans doute, par et pour des Vikings. De là leur dynamisme, leur culte de l'action, de la force, ce sens du sacré comme valeur à conquérir, à préserver, à magnifier, cette poésie réaliste, agonistique, tendue vers un destin actif. Chaque poème des Eddas est une force qui va, à l'instar du dieu Thor, toujours en marche vers le royaume des puissances mauvaises à occire. Enfin, on est fort éloigné de connaître toutes les sources qui ont contribué à cet amalgame. Des théories récentes insistent sur les influences chamanistes qu'ont dû subir ces œuvres : le fait est que les Eddas baignent dans une ambiance magique, responsable de la trouble fascination de tant de poèmes plus ou moins obscurs à force de concentration et de possibles interférences de sens : tel est le cas des Grimnismál ou du Hyndluljód.
Une mosaïque complexe et hautement élaborée de mythes et de symboles, de légendes et d'aventures, de curiosités philologiques et de magie, d'art et de passion, voilà les Eddas. En définitive, on peut laisser de côté leur intérêt scientifique, historique, ethnologique ou religieux : il reste une collection rarement égalée de chefs-d'œuvre artistiques, étonnamment vivants et prenants à un millénaire de distance.
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