La tradition ancienne, attestée déjà par les Pères apologistes (dont le principal témoin est Irénée, auteur de l'Adversus haereses, env. 180), a attribué à l'apôtre Jean, fils de Zébédée et frère de Jacques, le IVe évangile canonique, qui se présente au demeurant comme un ouvrage anonyme. Depuis le xixe siècle, bien des critiques ont voulu retirer à l'Apôtre la paternité de ce document : pour eux le véritable auteur serait soit « Jean le presbytre », soit un auteur inconnu. En fait, le problème exige d'être sérieusement élargi. Le genre de produits littéraires dont relèvent les Évangiles supporte mal la notion moderne d'auteur individuel et signataire. Le jeu spécifique de la pseudonymie, chère aux auteurs du judaïsme ancien, et la conception sociale de l'acte d'écriture invitent à considérer davantage le IVe Évangile à la fois comme le fruit et comme l'agent d'une tradition et d'une postérité d'inspiration globalement johanniques.
Il en est de même pour l'Apocalypse canonique, dite de saint Jean. Certes, à quatre reprises, l'auteur se désigne lui-même sous le nom de Jean (mais sans jamais se qualifier d'Apôtre), et la tra […]
