4. L'inconnue américaine
L'économie américaine a poursuivi en 1999 sa croissance sur un rythme rapide, faisant de la phase d'expansion engagée en 1991 la plus longue jamais enregistrée aux États-Unis depuis l'établissement de comptes nationaux. Outre sa durée et son rythme, cette expansion se caractérise par une augmentation notable de la productivité du travail. Déjà perceptible dans les années 1980, celle-ci est devenue particulièrement nette à partir de 1995 (+ 2,5 par an selon les comptes nationaux révisés, au lieu de + 1,6 p. 100 sur la période 1983-1990 et + 0,7 p. 100 sur la période 1972-1981) et semble refléter la diffusion rapide des nouvelles technologies de l'information dans les différents secteurs de l'économie. Conjuguée au déclin continu du taux de chômage, revenu en novembre 1999 à 4,1 p. 100, soit son plus bas niveau depuis trente ans, et à l'absence de tensions inflationnistes, cette évolution alimente le discours sur l'émergence d'une nouvelle économie, caractérisée par des rendements croissants, une moindre sensibilité aux contraintes physiques de production et donc aux fluctuations cycliques de l'activité. Ainsi, le gouverneur de la Fed, Alan Greenspan, reconduit dans ses fonctions en février 2000 pour un quatrième mandat de quatre ans, n'a-t-il pas hésité à déclarer que l'accélération de la demande, plutôt que de traduire un état de surchauffe de l'économie, ne faisait que refléter le relèvement de la tendance de la productivité (Financial Times, 30 octobre 1999). Quant au déficit courant, qui pourrait dépasser 4 p. 100 du P.I.B. en 2000, il ne ferait que refléter le rendement accru des actifs américains et l'attrait que ce dernier exerce sur les capitaux du monde entier. Des propos semblables étaient tenus, faut-il le rappeler, par Milton Friedman, dans la première partie des années 1980.
Le resserrement des contraintes financières semble pourtant inéluctable. Après avoir tiré l'économie mondiale d'une récession jugée inévitable, l'économie amé […]
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