8. Le triomphe modeste du moins mauvais des mondes
Année bouleversée par le coup de force de Saddam Hussein, 1990 a montré que la fin du marxisme et le retour entrevu de l'U.R.S.S. dans le camp occidental ne suffisaient pas à garantir la paix et la tranquillité. On avait un peu trop vite parlé de la fin de l'histoire et de la mort des idéologies, oubliant que les peuples, surtout lorsqu'ils sont pauvres, ont besoin d'idéologie : faute de mieux, le fanatisme religieux ou l'aventurisme politique sont toujours prêts à renaître et à occuper le vide de la pensée pour entraîner les peuples.
Le pragmatisme, la tolérance et l'humanisme, en revient-on à penser en 1990, ont du mal à être reconnus comme les seules vraies valeurs de toute civilisation : ils n'offrent pas le confort d'un système et exigent de l'individu responsabilité et remise en cause permanente. L'attrait des systèmes, si justement dénoncé au début du xxe siècle par le philosophe Alain, n'a sans doute pas fini d'exercer ses ravages. En témoignent la difficulté qu'éprouvent les meilleurs esprits à retrouver leurs marques entre capitalisme et socialisme et la gêne qu'ils ont à débattre d'une « troisième voie ». Oubliant trop souvent que Marx avait conclu son œuvre en affirmant : « Je ne suis par marxiste », les uns se jettent dans le capitalisme et le culte du marché avec le même esprit de système que celui qu'ils avaient mis à défendre leurs précédentes idoles ; d'autres ne veulent ou ne peuvent pas comprendre que, pour survivre, le capitalisme a besoin de mouvement et de remise en cause.
C'est d'une trop rare modestie que fait preuve l'économiste américain Herbert Stein, qui, ancien conseiller des présidents conservateurs Nixon et Reagan, souligne, au printemps de 1990 (« The Triumph of the adaptative society », in The American Economist), que le New Deal de Roosevelt, tant décrié à l'époque par la droite américaine, a profondément transformé le capitalisme américain. Il montre que Richard Nixon a, en fait, continu […]
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