3. L'anémie des grandes monnaies
La stabilisation des relations monétaires internationales s'est poursuivie en 1990. Certes, elle a fait montre également de sa fragilité et de ses faiblesses persistantes ; mais, grâce à la concertation entre banques centrales et entre gouvernements des principales puissances monétaires, ces dernières ont pu conserver une relative maîtrise du système, qui ne s'est pas démentie sous l'effet de la crise moyen-orientale et a résisté à la déprime qui s'est ensuivie. Cette maîtrise explique que, pour la première fois sans doute depuis le début des années 1970, les fluctuations des parités se sont prêtées de nouveau, dans une certaine mesure, à une prévision fondée sur l'évolution des taux d'inflation et des balances courantes : c'est dire qu'elles obéissent à des facteurs plus rationnels.
Jusque-là, les mouvements des principales monnaies étaient plus erratiques, souvent paradoxaux, reflétant moins l'état réel des économies respectives que des phénomènes spéculatifs à court terme souvent irrationnels ou auxquels, tout au moins, n'était donnée qu'une explication a posteriori : ainsi des monnaies s'inscrivaient-elles en hausse dans des pays où le taux d'inflation était élevé et le déficit extérieur important, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, l'Espagne et la Suède, et inversement (Japon, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Suisse). Le yen est resté la seule exception majeure à ce réalignement des taux de change sur les données fondamentales de l'économie, en connaissant une baisse importante au cours du premier semestre de 1990, malgré l'excédent toujours massif du commerce extérieur nippon et la très bonne tenue des prix.
Ainsi, tandis qu'une meilleure lisibilité se faisait jour dans le panorama des taux de change, certains phénomènes aberrants n'en persistaient pas moins ; ils traduisaient les aléas inhérents à un système de change qui n'en était plus un depuis l'écroulement, en 1971, du dispositif conçu à Bretton Woods à la f […]
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