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ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) Les grands courants

L'économie est une discipline jeune. En faisant abstraction des mentions du juste prix, de la monnaie ou de l'usure qu'on rencontre dans la Bible, chez Aristote ou saint Thomas d'Aquin, on peut considérer que les premiers écrits économiques datent du xvie siècle, avec les mercantilistes. Au xviiie siècle, l'économie est revendiquée en tant que science nouvelle par l'école physiocratique, qui, en France, regroupe les premiers libéraux. Les classiques la désignent par « économie politique » et le terme de science économique, aujourd'hui communément employé pour qualifier cette discipline, apparaît à la fin du xixe siècle, sous la plume des marginalistes.

Les intuitions fortes, les hypothèses de travail, les idées directrices des économistes ont donc été forgées au cours des quatre siècles derniers. L'histoire de la pensée économique est ainsi relativement courte. Cette histoire révèle l'existence de courants de pensée qui diffèrent à la fois sur la place qu'ils accordent à telle ou telle question (la monnaie, la valeur, les inégalités sociales, l'équilibre, l'emploi, le revenu, la finance, l'information...) et sur les réponses qu'ils y apportent. Certains courants, tels que le mercantilisme ou la physiocratie, ont quasi disparu. D'autres, qui ont été dominants, telle l'école classique, ou très influents, comme le marxisme, sont aujourd'hui marginalisés. Quant à l'école néo-classique, qui a supplanté à la fin du xixe siècle l'école classique, elle abrite des approches divergentes.

1.   L'émergence du libéralisme

Les premiers économistes ne sont pas libéraux. Ceux qu'on désigne par le terme « mercantilistes » prônent l'intervention de l'État et l'activisme monétaire. C'est en réaction et comme alternative au mercantilisme que la pensée libérale naît au xviiie siècle. En France, notamment, ce mouvement apparaît sous la plume des physiocrates.

  Le mercantilisme

Le mercantilisme recouvre un ensemble de doctrines et de pratiques politiques et économiques qui s'étend du milieu du xvie siècle au début du xviiie siècle, qui sépare la Renaissance de la révolution industrielle, et qui a accompagné la formation et la consolidation des États modernes d'Europe. Jean Bodin (1576, De la République ; 1578, La Response de maistre Jean Bodin... paradoxe de Monsieur de Malestroict), Antoine de Montchrestien (1615, Traité de l'oeconomie politique), Sébastien Vauban (1707, Projet d'une dîme royale) ou John Law (1704, Essay on a Land Bank ; 1705, Considérations sur la monnaie et le commerce) en France, Martin de Azpilcueta (1556, Comentario resolutorio de usuras) ou Tomas de Mercado (1568, Summa de tratos y contretatos de mercaderes) en Espagne, Bernardo Davanzati (1588, Lezione delle monete) ou Geminiano Montanari (1683, Della moneta) en Italie, William Potter (1650, The Key of Wealth), John Locke (1691, Some Consequences of the Lowering of Interest and Raising the Value of Money), Dudley North (1691, Discourses upon Trade) ou Josiah Child (1693, Traité sur le commerce et sur l'intérêt de l'argent) en Angleterre sont des figures emblématiques de ce courant. Mentionnons également Thomas Gresham (1519-1578), grand financier de la couronne britannique, qui fonda la Bourse de Londres en 1566-1568, et Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), ministre des Finances de Louis XIV, qui encouragea en 1664 la création de manufactures d'État, de manufactures privées et de grandes compagnies commerciales sur le modèle hollandais de sociétés par actions, et qui créa la Caisse des emprunts en 1674.

La pensée mercantiliste est loin de former un ensemble homogène et cohérent. Néanmoins un certain nombre de thèmes rassemblent ces auteurs. En premier lieu, la puissance de l'État résulte de (et favorise) l'enrichissement de la nation et de ses sujets ; en second lieu, l'enrichissement est obtenu par le développement de l'industrie et du commerce qui doit se traduire par un excédent commercial et, en conséquence, par une accumulation de métaux précieux ; enfin, la création de colonies et de comptoirs de commerce, la protection des industries et des marchés extérieurs, ainsi que les innovations financières telles que l'institution de bourses et de banques sont les outils de cette politique. Le mercantilisme prône donc la puissance militaire de l'État, son intervention dans l'économie, la réforme fiscale, le contrôle des prix et les protections douanières, les monopoles et l'activisme monétaire.

Le libéralisme s'est constitué en opposition à ces conceptions. Le terme « système mercantile » apparaît d'ailleurs en 1776, sous la plume d'Adam Smith, qui qualifie ainsi la pensée économique qui précède la pensée libérale.

  La physiocratie

Au xviiie siècle, en France, l'agriculture est fragilisée par la politique colbertiste de bas prix des biens agricoles, l'État est incapable de prélever l'impôt et de limiter son endettement et on garde le souvenir de la banqueroute du système de Law en 1720. C'est dans ce contexte que la pensée libérale s'est forgée, au sein de l'école physiocratique menée par François Quesnay (1756-1757, articles de l'Encyclopédie : « Fermiers », « Grains », « Hommes », « Impôts » ; 1766, Analyse de la formule arithmétique du Tableau économique), médecin du roi. Influencés par l'analyse du marché de Pierre de Boisguillebert (1695, Le Détail de la France ; 1707, Factum de la France) et l'analyse du circuit de Richard Cantillon (1730, Essai sur la nature du commerce en général), les écrits des physiocrates s'étalent sur seize années, de 1756 à 1772.

Quesnay construit un Tableau économique qui décrit dans quelles proportions le revenu doit être dépensé pour assurer la circulation de toute la richesse produite, en même temps que le renouvellement du capital nécessaire à la pérennité de cette productionTableau économique de François Quesnay. Les enseignements du tableau sont multiples. En premier lieu, il faut stabiliser le prix des grains à un niveau satisfaisant. Il faut que le prix de la production agricole soit suffisant pour permettre au fermier de payer la rente et d'acheter à l'industrie les outils nécessaires à son activité, tout en conservant assez de biens agricoles pour sa propre consommation et pour le renouvellement de son cheptel et de ses semences. Il faut aussi éviter l'alternance de périodes marquées par un antagonisme entre, d'une part, les fermiers, qui profitent de prix élevés et ne peuvent résister à des prix trop bas, et, d'autre part, les consommateurs et les rentiers, dont les revenus ne sont pas indexés sur les prix.

Tableau économique de François Quesnay Dessin

Tableau économique de François Quesnay Première représentation abstraite d'un circuit macroéconomique, le tableau décrit, à partir de cinq flux d'échange entre trois pôles (classe des propriétaires, classe productive, classe stérile), la circulation de la richesse nécessaire à la reproduction des conditions de la production. 

Crédits: Encyclopædia Universalis France Consulter

Le deuxième enseignement est qu'il est nécessaire d'élargir le marché des grains afin qu'il puisse absorber les surplus de production des années de bonne récolte, au lieu d'assister à une baisse des prix excessive, et alimenter le pays les années de mauvaise récolte, ce qui permet d'éviter disette et hausse excessive des prix. Gregory King (1696, Natural and Political Observations and Conclusions upon the State and Condition of England ) et Charles Davenant (1699, An Essay on the probable Methods of making a People Gainers in the Balance of Trade) avaient mis en évidence que les hausses et les baisses de prix des grains consécutives aux variations des quantités produites sont plus fortes que ces dernières : la diminution d’un dixième de la production fait monter les prix de 30 p. 100, une diminution de deux dixièmes provoque une hausse de 80 p. 100 ; l’effet d’une diminution de moitié de la production est une multiplication par 4,5 des prix. La libéralisation du marché des grains, y compris les exportations et les importations, doit permettre de stabiliser les prix. Anne Robert Jacques Turgot, contrôleur général des Finances de 1774 à 1776, échouera dans la mise en œuvre d'une politique libérale inspirée de ces principes.

Le troisième enseignement est que la dépense doit être maîtrisée et que l'impôt ne doit être payé que par les propriétaires fonciers qui vivent de la rente. Car l'impôt ne peut être prélevé que sur le revenu ; or, dans le tableau de Quesnay, la rente est l'unique revenu.

Au niveau analytique, la thèse physiocratique présente trois caractéristiques qui contribuèrent à son déclin accéléré : en premier lieu, elle postulait que seule l'agriculture était productive, à l'exclusion de l'industrie, avec pour corollaire l'idée que seule la rente, et non le profit, était un revenu net ; en second lieu, elle ne développait aucune théorie de la valeur et des prix à l'appui de ces idées ; enfin, elle n'offrait pas d'analyse monétaire. À cet égard, Turgot (1766, Réflexions sur la formation et la distribution des richesses ; 1769, Valeurs et monnaies), influencé également par Ferdinando Galiani (1751, De la monnaie ; 1770, Dialogues sur le commerce des blés), Vincent de Gournay (1758, Considérations sur le commerce) et la philosophie sensualiste d'Étienne Bonnot de Condillac (1776, Le Commerce et le gouvernement), se démarquait des physiocrates et esquissa une théorie de la valeur-utilité et du marchandage ; mais celles-ci ne déboucheront qu'un siècle plus tard. À la fin du xviiie siècle, c'est la théorie britannique de la valeur travail qui allait s'imposer.

2.   Les classiques

La parution en 1776 des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith (le « père de l'économie politique ») marque le début de l'école classique qui allait dominer la pensée économique durant un siècle. Pour Smith, la nature de la richesse est réelle ; la monnaie n'est que le moyen de sa circulation : la richesse se compose des marchandises tant industrielles qu'agricoles, qui sont produites par le travail. Le travail étant la source de la valeur, il constitue l'unité de mesure dans les échanges : l'échange des marchandises est réglé par la proportion des quantités de travail que leur production nécessite. La cause de la richesse réside dans la division du travail qui décuple la force productive du travail ; division du travail qui prend de l'ampleur avec les échanges, l'épargne et l'investissement des capitaux dans l'agriculture, l'industrie, le commerce ou la banque. Smith élabore un ensemble cohérent d'analyses qui structurera les débats au sein de l'école classique : ceux-ci porteront, d'une part, dans les années 1815-1820 sur la valeur, la répartition et la croissance ; d'autre part, dans les années 1801-1811, puis 1836-1848, sur la monnaie et le crédit.

  Valeur, répartition et croissance

La valeur fournit le centre de gravitation des mouvements du prix de marché sous l'effet des forces de l'offre et de la demande. Si la demande est égale à l'offre, le prix de marché coïncide avec la valeur : la vente de la marchandise permet au producteur à la fois de récupérer les coûts en matières premières et de distribuer aux salariés, capitalistes et rentiers les salaires, profits et rentes à leur niveau naturel. Si la demande augmente et excède l'offre, le prix de marché augmente et s'établit à un niveau supérieur à la valeur. Dans ce cas, le producteur réalise un profit plus élevé qui l'incite à accroître sa production. Au fur et à mesure qu'il ajuste ainsi l'offre sur la demande, le prix de marché redescend au niveau de la valeur. Réciproquement, si la demande est inférieure à l'offre, le prix de marché diminue, s'inscrit au-dessous de la valeur et génère des pertes qui incitent le producteur à baisser la production. Le prix remonte et s'ajuste sur la valeur au fur et à mesure que l'offre s'ajuste sur la demande. C'est ainsi que la valeur, qui est indépendante du jeu de l'offre et de la demande, sert de point d'ancrage aux prix. En conséquence, l'utilité et la demande n'ont d'effet sur le prix qu'à court terme. À long terme, le prix s'ajuste sur la valeur qui, elle, est indépendante de l'utilité. L'utilité joue néanmoins un rôle dans la mesure où elle oriente la demande et donc les quantités produites.

À partir de cette base commune, les classiques vont évoluer sur l'analyse de la valeur, et diverger sur celles de la croissance et de la monnaie. Concernant la valeur, un consensus se dégage autour de l'analyse de David RicardoDavid Ricardo (1817, Principes de l'économie politique et de l'impôt) qui met en évidence que la valeur n'est pas fonction de la seule quantité de travail dépensée à la production, mais également du montant des capitaux engagés, de la règle d'uniformité du taux de profit et du rapport salaire/profit. Complétée par Robert Torrens (1821, An Essay on the Production of Wealth), cette analyse est approfondie, bien plus tard, par Piero Sraffa (1960, Production de marchandises par des marchandises). Karl Marx reprochera à l'analyse ricardienne de la valeur d'occulter la nature du profit. Les néo-classiques la rejetteront.

David Ricardo Photographie

David Ricardo David Ricardo (1772-1823). Économiste anglais, éminent représentant de l'école classique, auteur des Principes de l'économie politique et de l'impôt (1817). Son adhésion au principe de population de Robert Malthus et son analyse du salaire naturel (salaire de subsistance des travailleurs) l'amènent à souligner les limites de l'accumulation du capital et à prévoir un «état stationnaire». 

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L'analyse de la demande et de la croissance divise les classiques. Pour Smith, Jean-Baptiste Say (1803, Traité d'économie politique) et Ricardo, la demande peut différer de l'offre sur les différents marchés, mais au niveau global, la demande résulte du revenu. Qu'il soit consommé ou investi, le revenu est lui-même égal à la valeur de la production, donc de l'offre : ainsi « l'offre crée la demande ». Pour Jean Charles Léonard Sismonde de Sismondi (1803, De la richesse commerciale ; 1819, Nouveaux Principes d'économie politique) ou Robert Malthus (1820, Principes d'économie politique), au contraire, une mauvaise répartition du revenu ou une mauvaise gestion de la dépense publique et de l'impôt, trop favorables à l'épargne, peuvent se traduire par un déficit global de la demande, avec pour effet de faire baisser les prix et de compromettre la croissance. Selon Smith, les obstacles à la croissance résident du côté de l'investissement. En effet, la croissance du revenu nécessite une accumulation du capital. Or cette dernière exacerbe la concurrence, qui engendre la baisse du taux de profit, laquelle provoque la baisse de l'investissement. Pessimiste, le père de l'économie politique explique ainsi la tendance des capitalistes et des entrepreneurs à entraver la concurrence. Ricardo pense que le risque de stagnation réside moins dans le mobile de l'investissement, à savoir la profitabilité, que dans le pouvoir d'accumulation des capitalistes (leur épargne) qui diminue en même temps que le taux de profit. Or la croissance nécessite la mise en culture de terres moins fertiles, ce qui renchérit le prix des biens agricoles. Ceux-ci constituant la composante essentielle des biens de consommation ouvrière, il en résulte une hausse du taux de salaire qui provoque la baisse du taux de profit. Pour éviter ce scénario et faire baisser le prix du blé, Ricardo plaide pour qu'on puisse l'importer, au grand dam de Malthus qui craint l'effet dépressif sur la demande qu'entraînerait la baisse de la rente des propriétaires fonciers. L'abolition, en 1846, des Corn Laws rejoint la vision ricardienne qui s'imposa tout au long du xixe siècle, et au-delà, jusqu'à la « révolution » provoquée par John Maynard Keynes.

En outre, les classiques convergent sur les mérites du développement du commerce international, moteur d'une division internationale du travail. Selon Smith, chaque pays se spécialise dans la production des biens pour lesquels il dispose des coûts de production les plus faibles (théorie de l'avantage absolu). Ricardo approfondit l'analyse en montrant que le commerce peut également être avantageux entre deux pays même si l'un des deux dispose de coûts de production plus faibles pour tous les biens (théorie de l'avantage relatif). Ainsi, si l'Angleterre a besoin de 120 hommes et de 100 hommes pour produire respectivement le vin et le drap, alors qu'il faut respectivement 80 hommes et 90 hommes au Portugal, les deux pays ont intérêt à se spécialiser, l'Angleterre dans la production du drap et le Portugal dans celle du vin, et à échanger leurs produits. La quantité totale produite est maximale.

Cette théorie, contre-intuitive, a un volet monétaire. Ricardo raisonne dans un cas où il y a étalon or dans les deux pays, donc que les taux de change sont fixes. L'échange du produit de 80 portugais contre le produit de 100 anglais signifie que les coûts de production, exprimés en or, du drap en Angleterre et du vin au Portugal sont égaux. Le corollaire est que la répartition du stock d'or entre les deux pays est telle que les salaires monétaires (en or) sont 25 p. 100 plus élevés au Portugal qu'en Angleterre ; i.e. que le pouvoir d'achat de l'or sur les biens de consommation ouvrière est 20 p. 100 plus faible au Portugal qu'en Angleterre. L'étalon or signifie stabilité du prix de l'or dans les pays mais non de sa valeur. La valeur de l'or est liée à sa quantité, celle-ci dépendant de nombreux facteurs, dont, mais pas seulement, la spécialisation internationale du travail.

  La politique monétaire

Sur la monnaie, les économistes classiques se partagent en deux camps. Tous sont hostiles au mercantilisme et développent l'idée selon laquelle la monnaie doit échapper au prince et obéir à des mécanismes de marché. Cependant les uns se méfient du pouvoir de création monétaire des banques, veulent soit l'interdire, soit le soumettre à des règles strictes, et développent la théorie quantitative de la monnaie. Selon eux, la valeur de la monnaie est inversement proportionnelle à sa quantité : si la masse monétaire double, le niveau des prix double, la valeur de la monnaie est donc divisée par deux. Les autres rejettent, ou nuancent, cette même théorie, plaident en faveur du crédit et du papier-monnaie et soutiennent les politiques discrétionnaires de la Banque d'Angleterre.

Cantillon, David HumeDavid Hume (1752, Essai sur le commerce, le luxe, l'argent, l'intérêt...), Ricardo (1810, Le Haut Prix du lingot ; 1823, Plan pour l'établissement d'une banque nationale) et les membres de la Currency School (1836-1844) forment le premier groupe. Pour eux, la monnaie se confond avec les métaux précieux et sa valeur s'ajuste automatiquement en fonction de sa quantité et du volume des transactions réelles à effectuer. En conséquence, la monnaie est toujours en quantité suffisante et l'émission de billets, via les opérations de crédit, a pour seul effet de faire monter les prix, de provoquer un déficit commercial, de faire sortir l'or du pays, donc du coffre des banques, ce qui rend ces dernières illiquides, c'est-à-dire incapables d'assurer la convertibilité en or de leurs billets. L'absence de maîtrise des émissions des banques est à l'origine des crises monétaires et bancaires, puis financières et commerciales qui perturbent la croissance de l'économie britannique. Pour les partisans de la Currency School, la « solution » réside dans l'ajustement des émissions sur les flux de métaux entre les pays : les augmenter en cas d'excédent de la balance des paiements, les réduire en cas de déficit. Ainsi, la Banque centrale doit-elle réduire ses émissions lorsque son encaisse métallique diminue.

David Hume Photographie

David Hume Critiquant les notions de substance et de causalité, David Hume (1711-1776) voit dans l'expérience et son instrument conceptuel, la critique, la source de notre savoir: une mise en question de la métaphysique qui fait de lui un des fondateurs de la philosophie moderne. Allan Ramsay, Portrait de Hume, Scottish National Portrait Gallery, Édimbourg. 

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Au contraire, Smith, Henry Thornton (1802, Recherches sur la nature et les effets du crédit du papier dans la Grande-Bretagne), Malthus (1811, Publications on the Depreciation of Paper Currency) et les membres de la Banking School (1836-1844) voient dans l'essor du crédit bancaire, et l'émission de monnaie qui l'accompagne, un facteur favorable à l'activité économique. Au moyen de l'escompte, les banques proposent de remplacer, dans la circulation, les dettes privées des marchands, payables à terme, par leur propre dette, le billet de banque. Or celui-ci est payable à vue et offre au détenteur une meilleure garantie de solvabilité. En améliorant ainsi la qualité du crédit commercial et en créant de la liquidité, les banques favorisent les échanges. Ce courant, sans exclure les risques de surémission de monnaie, envisage également les causes réelles, voire psychologiques, des déséquilibres monétaires, des difficultés bancaires et des déficits de la balance des paiements. En conséquence, ces auteurs critiquent les recommandations ricardiennes qui leur semblent inappropriées, voire de nature à aggraver la situation. Par exemple, si une situation de guerre est à l'origine d'une panique et qu'on assiste à une ruée aux guichets des banques des déposants qui demandent le remboursement de leurs avoirs en espèces et en billets de la Banque d'Angleterre, cette dernière doit, même si son encaisse est faible, fournir ces billets. Ce faisant, elle restaure la confiance et enraye la crise. En tant que prêteur en dernier ressort, alors que son encaisse diminue, la banque centrale doit accroître ses émissions et non les réduire. Dans d'autres circonstances, le déficit de la balance des paiements appelle également ce type de solution contraire aux idées quantitativistes. En outre, ces auteurs recommandent de jouer sur le taux d'escompte pour orienter les capitaux extérieurs et stabiliser l'encaisse.

Les controverses entre partisans de ces deux approches alternatives de la monnaie culminent avec la réforme en 1844 de la Banque d'Angleterre qui consacre, à nouveau, la victoire de Ricardo. Le succès de cette réforme et la domination, jusqu'en 1914, de la livre sterling sur la finance internationale vont accréditer le bien-fondé de la théorie quantitative et la vision ricardienne du système monétaire international. Là encore, c'est Keynes qui rompra le consensus ricardien.

3.   La critique marxiste

Philosophe de formation, MarxKarl Marx adhère aux idées communistes et, au contact de Friedrich Engels, s'intéresse à partir de 1844 à l'économie politique. Ses travaux (1847, Misère de la philosophie ; 1867-1883, Le Capital, critique de l’économie politique) sont solitaires et se situent à un moment où l'école classique ne produit guère d'idée nouvelle et avant que les premières analyses néo-classiques (1870-1880) sortent des milieux académiques. Marx fustige les thèses des socialistes et des anarchistes, notamment celles de Pierre Joseph Proudhon (1846, Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère), en s'appuyant sur Ricardo. Puis il reproche à l'économie politique ricardienne d'être un discours bourgeois, sans aucune réflexion critique sur le système capitaliste. Ainsi le taux de profit est-il appréhendé comme une norme, non discutée, sur laquelle est construite la théorie des prix. L'origine du profit n'est pas expliquée. Outre la construction de l'Internationale (1864), Marx consacre sa vie à l'élaboration d'une critique de l'économie politique. Il vise à mettre en évidence la nature du système capitaliste (une société de classes), montrer son caractère historique, et mettre au jour ses contradictions. Son œuvre, inachevée, sera poursuivie par ses disciples de la IIe Internationale.

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Karl Marx Philosophe de formation, c'est au contact de Friedrich Engels que Karl Marx en vient à s'intéresser à l'économie politique, à partir de 1844. Il reproche alors à l'économie politique ricardienne d'être la traduction de l'idéologie bourgeoise, sans aucune réflexion critique sur le système capitaliste. Il exposera cette critique dans «Le Capital», son œuvre économique majeure. 

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S'inspirant de la logique hégélienne, Marx adopte une approche des échanges différente de celle des classiques et centre son analyse sur la circulation monétaire de telle sorte que, contrairement à Ricardo, il pose la question du profit indépendamment de la question des valeurs relatives des marchandises. Cela le conduit au concept de plus-value qu'il explique par l'existence d'un écart quantitatif entre la valeur d'usage de la force de travail (le temps durant lequel elle est employée par le capitaliste) et la valeur d'échange de la force de travail (le temps de travail dépensé pour produire les biens de consommation que l'ouvrier achète avec le salaire monétaire que lui verse le capitaliste). Ainsi Marx considère-t-il avoir découvert le secret du profit et de la dynamique du capitalisme : l'exploitation du travailleur, qui possède la force de travail, par le capitaliste, qui achète cette force de travail.

Outre son caractère contestable, parce que inégalitaire, aliénant, oppresseur, appauvrissant et liberticide, le capitalisme est historiquement condamné. Encore faut-il que la classe ouvrière puisse saisir les opportunités politiques que lui offre l'instabilité du capitalisme, source des crises périodiques que Marx cherche à expliquer. S'inspirant du tableau de Quesnay, Marx établit des proportions d'équilibre macro-économique entre production, investissement et consommation (les schémas de reproduction) et doute de la capacité du capitalisme à respecter ces proportions (rigidité des structures productives, sous-consommation due à la baisse des salaires, anarchie du marché). Il s'intéresse aux cycles et élabore une théorie de la baisse tendancielle du taux de profit liée à l'accumulation (au progrès technique) et y voit une cause des chutes périodiques de l'investissement. Il avance également, comme autre facteur explicatif des crises, la question monétaire et, notamment, la tendance à l'autonomie du crédit et de la finance vis-à-vis des lois de l'échange et de l'activité productive. L'essentiel de ces analyses figure dans des manuscrits inachevés qui, contrairement à l'opinion d'Engels qui les publia à titre posthume, présentent des contradictions. La plus nette, mise en évidence par Ladislaus von Bortkiewicz (1907, Wertrechnung une Preisrechnung im Marxschen System), réside dans la solution proposée par Marx au problème de la « transformation des valeurs en prix de production ».

Rudolf Hilferding (1910, Le Capital financier), Rosa LuxemburgRosa Luxemburg (1913, L'Accumulation du capital) et Lénine (1917, L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme), tout en contestant tel ou tel aspect de la pensée de Marx, approfondiront ses analyses en vue d'expliquer la tendance du capitalisme à l'impérialisme et à la guerre. Ces analyses, dont la qualité supporte aisément la comparaison avec ce que produisait alors la pensée libérale, exerceront une influence notable tout au long du xxe siècle, en particulier, mais pas seulement, dans les rangs sociaux-démocrates.

Rosa Luxemburg Photographie

Rosa Luxemburg Révolutionnaire allemande, Rosa Luxemburg (1870-1919) fut l'une des plus importantes théoriciennes de la pensée marxiste. Elle meurt assassinée lors de l'insurrection spartakiste, à Berlin. 

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Après la révolution bolchevique et la défaite spartakiste, avec la montée des fascismes en Europe, le marxisme décline et se laisse envahir par l'idéologie stalinienne. On doit cependant mentionner l'existence de travaux originaux qui font le lien avec le keynésianisme tels que ceux de Paul Sweezy (1942, The Theory of Capitalism Development), de Paul Baran (1957, Économie politique de la croissance) ou de Paul Mattick (1969, Marx et Keynes) aux États-Unis, de Mario Tronti (1966, Ouvriers et capital) ou d'Antonio Negri (1968-1978, La Classe ouvrière contre l'État) en Italie, de Michel Aglietta (1976, Régulation et crise du capitalisme) ou de Suzanne de Brunhoff (1976, Les Rapports d'argent) en France, mais aussi les recherches, plus critiques à l'égard de Marx, d'historiens de la pensée économique, dont, en France, Carlo Benetti et Jean Cartelier (1980, Marchands, salariat et capitalistes) ou Gilbert Faccarello (1983, Travail, valeur et prix).

4.   Le courant néo-classique

À partir du dernier quart du xixe siècle, et tout au long du xxe siècle, le courant dit « néo-classique » va progressivement devenir dominant. Si les thèmes de rupture avec les classiques rassemblent les auteurs de ce courant, celui-ci est traversé par de nombreuses écoles qui divergent sur l'analyse de la valeur, de l'emploi, de la politique économique et, de façon générale, sur l'efficacité des marchés.

  La révolution marginaliste

Parallèlement, en Angleterre avec Stanley JevonsWilliam Stanley Jevons (1871, Théorie de l'économie politique), en Autriche avec Carl MengerCarl Menger (1871, Grundzätze der Volkswirtschaftslehre [Principes d'économie politique]) et en France avec Léon Walras (1874, Éléments d'économie politique pure), on assiste à une révolution dans l'analyse de la valeur. L'utilité marginale du bien, c'est-à-dire l'utilité de la dernière unité consommée, qui décroît au fur et à mesure de la consommation, est perçue comme le facteur déterminant de la valeur. Les prix d'équilibre sont tels qu'il y a égalisation des utilités marginales (pondérées par les prix) des différents biens consommés. Ce principe s'applique autant aux biens qui n'ont pas de coût de production, mais qui sont limités en quantité, qu'à ceux qui font l'objet d'une production. Contrairement à la vision des classiques, la demande fournit le facteur explicatif de la valeur.

William Stanley Jevons Photographie

William Stanley Jevons Portrait de l'économiste anglais William Stanley Jevons (1835-1882), l'un des artisans de la révolution marginaliste à l'origine de la théorie économique néo-classique 

Crédits: Hulton Getty Consulter

Carl Menger Photographie

Carl Menger Carl Menger (1840-1921). Économiste autrichien, l'un des fondateurs de l'analyse marginaliste au sein de l'école de Vienne (branche autrichienne de l'économie néo-classique), auteur de Principles of Economics (1871). 

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Alfred Marshall (1890, Principes d'économie politique) opéra une synthèse entre cette révolution de l'analyse de la demande et la théorie classique de l'offre, elle-même modifiée par la prise en compte de rendements d'échelle décroissants, ou croissants. Outre le consensus sur le rôle de la demande, les marginalistes convergent pour abandonner toute référence à l'antagonisme entre salariés, capitalistes et rentiers qui caractérise les analyses ricardiennes et marxistes : le capital et la terre, au même titre que le travail, sont des facteurs productifs ; l'intérêt, la rente et le salaire en sont les prix d'équilibre. Le marché assure l'harmonie sociale.

Le changement d'optique dans l'analyse de la valeur s'accompagne d'un renouvellement de l'analyse du marché et de l'équilibre. Ainsi assiste-t-on à l'éclosion de conceptions différentes qui subsistent au début du xxie siècle. D'un côté, les travaux d'Antoine Cournot (1838, Recherches sur les principes mathématiques de la richesse sociale), Francis Ysidro Edgeworth (1881, Mathematical Psychics) et Joseph Bertrand (1883, Théorie mathématique de la richesse sociale) concluent à l'existence de plusieurs prix d'équilibre qui dépendent à la fois du nombre d'agents (le degré de concurrence), de leurs stratégies, de leurs statuts. Ils introduisent les approches d'équilibres multiples que l'on retrouvera dans le cadre de la théorie des jeux (John Forbes Nash, 1950, Equilibrium Points in N-Person Games). Pour sa part, Walras assimile la concurrence au tâtonnement qui conduit à l'unicité du prix d'équilibre, et ce dans une perspective d'équilibre général. Largement négligée alors, l'analyse walrassienne sera redécouverte et enrichie par Gérard Debreu (1959, Théorie de la valeur), Kenneth Arrow et Frank Hahn (1971, General Competitive Analysis) dans les années 1950-1970 et imposera son cadre au débat macroéconomique des années 1970-1990.

À la fin du xixe siècle, et au début du xxe siècle, c'est une troisième approche, introduite par Marshall, qui dominait la pensée néo-classique. Développant une méthodologie d'équilibre partiel qui analyse chaque marché en l'isolant de l'influence exercée par les autres marchés, elle introduit ou renouvelle l'analyse de nombreux problèmes comme le bien-être, la justice, l'entreprise, la concurrence monopolistique, le commerce international.

  L'institutionnalisme

La théorie néoclassique n'a pas remplacé la théorie classique sans difficulté, notamment en dehors de l'Angleterre. En Allemagne, l'école historique souligne les dimensions institutionnelle, politique et sociale des phénomènes économiques. Plutôt que privilégier la notion d'équilibre, l'analyse s'attache à analyser les évolutions des comportements, dynamiques et structures économiques. Introduite par Bruno Hildebrand (1864, Natur-, Geld- und Kreditwirtschaft), Wilhelm Rosher (1854, Die Grundlagen der Nationalökonomie), Karl Knies (1853, Die politische Ökonomie von Standpunkt der geschichtlichen Methode), Gustav von Schmoller (1898, Grundriss der allgemeinen Volkswirtschaftskehre), Georg Knapp (1905, Staatliche Theorie des Geldes), puis poursuivie par Werner Sombart (1902, Der moderne Kapitalismus) et Max Weber (1905-6, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme), l'école historique domine la pensée économique allemande au début du xxe siècle. En France, dans la continuité d'Émile Durkheim (1858-1917), François Simiand (1873-1935) développe la sociologie économique, ou économie positive. Il rejette l'agent économique rationnel, a-social et a-historique, de la théorie néo-classique, ainsi que la modélisation mathématique. À cette dernière, il oppose l'étude statistique et soutient que les lois économiques énoncées doivent être compatibles avec les faits. Cet objectif est partagé par les institutionnalistes tels Charles Gide (1895, Traité d'économie politique), Albert Aftalion (1913, Les crises périodiques de surproduction ; 1927, Monnaie prix et change), Bertrand Nogaro (1913-1914, Éléments d'économie politique ; 1945, La Monnaie et les systèmes monétaires) et Jean Lescure (1906, Des crises générales et périodiques de surproduction). Ceux-ci dominent les débats de la première moitié du xxe siècle.

Toutefois, c'est peut-être aux États-Unis que le courant institutionnaliste est le plus fort. Il est introduit par Thorsten Veblen notamment avec Why is Economics not an Evolutionary Science ? (1898), et The Theory of the Leisure Class. An Economic Study of Institutions (1899), où il décrit le caractère institutionnel de la consommation ostentatoire et le caractère historique et évolutif des institutions. Par ailleurs, dans The Theory of Business Enterprise (1904) et Absentee Ownership(1923), il pose les bases d'une théorie financière de l'entreprise à laquelle Adolphe Berle et Gardiner Means se référeront dans The Modern Corporation an Private Property (1932).

Parmi les principaux auteurs aux États-Unis figurent Wesley Clair Mitchell (1903, A History of Greenbacks ; 1913, Business Cycles), spécialiste des question monétaires et des cycles, et fondateur (en 1920) et directeur, durant deux décennies, du National Bureau of Economic Research (N.B.E.R.) ; Richard T. Ely, spécialiste des questions sociales, leader du mouvement progressiste et maître d'œuvre de la rédaction collective de l'ouvrage universitaire de référence des institutionnalistes, Outlines of Economics (plusieurs éditions à partir de 1908) ; enfin John Rogers Commons (1934, Institutional Economics. Its Place in Political Economy), spécialiste des problèmes du travail et du chômage, qui a joué un rôle central dans la définition et la mise en œuvre de la politique du New Deal (1933-1938) de Franklin D. Roosevelt.

L'instabilité chronique, monétaire et financière, des années 1920, la crise de 1929 et la dépression qui en résulte, la montée du chômage ont conduit au discrédit à la fois des théories néoclassique de l'équilibre et des approches historiques et institutionnalistes. Le renouveau de la pensée économique est survenu dans le courant néoclassique anglais.

  La révolution keynésienne

Keynes (1930, A Treatise on Money ; 1936, Théorie générale de l'emploi, l'intérêt et la monnaie), élève de Marshall, propose de changer de perspective. Selon Keynes, marshalliens et ricardiens commettent l'erreur commune de raisonner sur un niveau de revenu d'équilibre donné et ne se distinguent qu'à propos de l'analyse de la répartition de ce revenu. Il propose quant à lui de s'intéresser aux déterminants du revenu global et renouvelle, à cet effet, l'analyse de l'offre et de la demande : celle-ci acquiert une dimension macro-économique. Il ne s'agit plus d'expliquer les prix relatifs des biens mais les déterminants des agrégats globaux de l'économie : le niveau général des prix, le revenu, l'emploi, le taux d'intérêt. La Théorie générale de Keynes analyse la détermination simultanée de l'équilibre de l'offre et de la demande sur les marchés des biens, des titres et de la monnaie.

L'étude de l'équilibre du marché des biens est renouvelée par la théorie du multiplicateur. Selon cette dernière, l'offre de biens s'ajuste sur la demande, la production répond aux commandes, la distribution du revenu résulte de la dépense. Or une partie de la dépense, en l'occurrence la consommation, résulte du revenu si bien qu'il existe un effet cumulatif, dit « multiplicateur », entre revenu et dépense ; effet multiplicateur qui trouve sa limite dans le fait qu'une fraction du revenu est épargnée, et non dépensée. L'autre partie de la dépense, à savoir l'investissement privé et la dépense publique, n'est pas liée au revenu. Son montant dépend, pour l'investissement privé de la rentabilité des investissements comparée à leur coût de financement, et pour la dépense publique de la politique budgétaire et financière de l'État. Ce qui conduit Keynes à s'intéresser au marché des titres. À ce niveau également, il renouvelle complètement l'analyse en notant que les prix des titres et les taux d'intérêt sur le marché financier résultent non pas des flux d'épargne courante, mais des choix relatifs à l'ensemble des stocks d'actifs financiers détenus par les agents : leurs stratégies de réallocation de portefeuille renvoient à des comportements spéculatifs et à des phénomènes d'incertitude et de liquidité qui sont soulignés par Keynes. Ce faisant, l'argumentation keynésienne fait jouer aux encaisses monétaires, par nature plus liquides que les titres, un rôle essentiel dans la formation de l'équilibre global de l'économie. Ainsi Keynes renouvelle-t-il une théorie monétaire qui, malgré les efforts de Knut Wicksell (1898, Interest and Prices) et d'Irving Fisher (1911, Le Pouvoir d'achat de la monnaie), avait peu évolué depuis les années 1840. Après soixante ans, il dotait la théorie néo-classique d'une théorie de la demande applicable à la monnaie et apte à concevoir un équilibre sur un marché de la monnaie.

Muni de ces outils, Keynes explique le chômage par l'insuffisance de la demande et propose d'utiliser la politique économique pour modifier les niveaux du taux d'intérêt, de production et d'emploi. La politique qu'il préconise contraste avec celle des idéologies totalitaires : il ne s'agit ni de contrôler la production (l'offre de biens), laissée à l'initiative des entrepreneurs, ni de contraindre les choix spéculatifs ou de consommation des ménages ; mais de jouer sur la dépense publique et l'offre de monnaie. L'augmentation de la dépense publique crée un supplément de demande de biens, donc une production et une distribution de revenus qui enclenche le processus multiplicateur du revenu ; la politique monétaire vise à faire baisser les taux d'intérêt pour stimuler l'investissement qui, lui aussi, enclenche le processus multiplicateur. Le libéralisme keynésien n'exclut pas l'action de l'État ; il allait dominer durant les Trente Glorieuses qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. Bien que Keynes ait déclaré ne pas reconnaître sa théorie dans le modèle IS-LM présenté par John Hicks (1937, Mr. Keynes and the Classics), c'est au moyen d'une version modifiée par Alvin Hansen (1953, Introduction à la pensée keynésienne) de ce modèle que la pensée keynésienne a principalement été diffusée et discutée. Ce modèle a fourni le cadre à l'essentiel des débats macro-économiques qui allaient suivre.

Par contre, concernant le système monétaire international, Keynes eut peu d'écho. Il proposa, en vue d'assurer la stabilité des taux de change, la mise en place d'une « banque internationale » qui émettrait une monnaie, le bancor, utilisée pour régler les déséquilibres des balances des paiements, et gérée de telle sorte que la charge des ajustements pèse à la fois sur les pays présentant un déficit des paiements et sur ceux dégageant un excédent. La conférence de Bretton-Woods (1944) a abouti à une architecture différente, centrée sur le dollar convertible en or, de changes fixes, mais révisables, où l'effort d'ajustements repose sur le seul pays déficitaire. La crise du dollar en 1971, les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979-1981, le ralentissement de la croissance, l'inflation montante et la renaissance du chômage à partir des années 1970, ont accru l'audience des critiques monétaristes et néo-libérales qui sont apparues dès les années 1950.

  Monétarisme et néo-libéralisme

L'école monétariste est menée par FriedmanMilton Friedman (1953, Essays in Positive Economics ; 1956, Studies in the Quantity Theory of Money ; 1969, The Optimum Quantity of Money and Other Essays) qui, dans les années 1950 et 1960, critique le système de taux de change fixes de Bretton-Woods et les politiques inspirées du keynésianisme. De façon générale, Milton Friedman conteste la possibilité pour les autorités économiques de modifier l'équilibre, d'atteindre des situations supérieures à celles obtenues par le libre fonctionnement des marchés. Ainsi le taux de change est-il un prix d'équilibre dont le niveau est mieux déterminé par le jeu de l'offre et de la demande dans un régime de changes flexibles que par les calculs et les analyses des économistes relayés par des interventions inefficaces des banques centrales. En cas de déséquilibre durable des balances des paiements, ces dernières sont incapables de contrer les spéculateurs qui anticipent et obtiennent les changements de parité.

Milton Friedman Photographie

Milton Friedman Milton Friedman (1912-2006) a construit son œuvre en s'opposant presque systématiquement à celle de John Maynard Keynes. Seule les réunit la profonde influence exercée par chacune de celles-ci sur l'action des gouvernants: les politiques de relance de l'après-guerre pour le keynésianisme, la lutte contre l'inflation, à partir des années 1980, pour le monétarisme. 

Crédits: G. Rose/ Getty Consulter

De même, les politiques keynésiennes de soutien de la demande se heurtent au comportement de long terme des ménages qui ne changent ni leur dépense, ni leurs choix monétaire et financier lorsque l'État change de politique monétaire ou budgétaire. Sans effet durable sur l'emploi, ces politiques ne réussissent qu'à substituer la dépense publique à l'investissement privé ou à créer de l'inflation – à relier au débat sur la courbe de Philips (1958, The Relation Between Unemployment and the Rate of Exchange of Money Wage in the United Kingdom) – et à déstabiliser les taux de change. Inefficaces, elles ne sont pas souhaitables. Adoptant, comme Don Patinkin (1965, La Monnaie, l'intérêt et les prix), une méthodologie walrassienne d'équilibre général, et, à la suite de John Muth (1961, Rational Expectations and the Theory of Price Movements), l'hypothèse d'anticipations rationnelles qui conduit à penser que les salariés vont rationnellement anticiper le jeu de l'autorité monétaire et donc prévoir correctement l'inflation future, les monétaristes de la seconde génération – Robert Lucas (1972, Expectations and the Neutrality of Money), Thomas Sargent et Neil Wallace (1975, Rational Expectations, The Optimal Monetary Instrument and the Optimal Money Supply Rule) ou Robert Mundell (1968, Barter Theory and the Monetary Mechanism of Adjustment) – vont systématiser les conclusions de Friedman.

Paradoxalement, le renouveau des recherches sur le modèle d'équilibre général va déboucher sur des résultats inattendus : l'existence de pluralités d'équilibres et d'instabilité de ces équilibres (Hugo Sonnenschein, 1973, Do Walras Identity and Continuity Characterize the Class of Excess Demand Functions ?) ; l'absence d'explication satisfaisante de la valeur de la monnaie (Frank Hahn, 1965, On Some Problems of Proving the Existence of an Equilibrium in a Monetary Economy) ; l'instabilité et le surajustement du taux de change en régime de changes flexibles (Rudiger Dornbush, 1980, Open Economy Macroeconomics).

Fondamentalement, le monétarisme postule l'hypothèse de plein-emploi. Il y a donc une rigidité de l'offre qui explique l'incapacité de la politique keynésienne à modifier le niveau de revenu. Les néo-libéraux, qui se réfèrent à Friedrich von Hayek (1944, La Route de la servitude ; 1973, Droit, législation et liberté), poussent le diagnostic en attribuant la rigidité de l'offre au « trop d'État » et de réglementation : la pression fiscale et l'indemnisation du chômage encouragent l'oisiveté et diminuent l'offre de travail, le salaire minimum et le droit du travail paralysent l'embauche ; la dépense publique, les services et monopoles publics limitent la liberté de choix des consommateurs, et la concurrence entre les prestataires de services ; les réglementations de toutes sortes empêchent les agents de nouer les contrats optimaux et entravent l'initiative privée. Ce courant néo-libéral, dont on trouve les prémisses chez les libéraux français du xixe siècle hostiles à toute réglementation du droit du travail des enfants, postule le fonctionnement harmonieux des marchés, nous renvoie à des discussions philosophiques et, de façon générale, tient peu compte des développements récents du reste de la théorie néo-classique, que ce soit en macro-économie ou en micro-économie.

  Coûts de transaction, incertitude, asymétries d'information...

L'introduction de nouvelles notions, telles que les coûts de transaction, l'incertitude, l'acquisition et les asymétries d'information, modifie nombre des a priori de l'analyse néo-classique. Ainsi Frank Knight (1921, Risk, Uncertainty and Profit) explique que si les salariés choisissent d'être dans un rapport de subordination à l'égard de l'entrepreneur, c'est en vue de lui transférer les risques liés à la vente du produit de leur travail. Pour Ronald Coase (1937, La Nature de la firme), c'est pour réduire les coûts de transaction du produit de ce travail. De même est-ce pour limiter les coûts de transaction que les firmes intègrent verticalement la production plutôt que d'avoir recours à la sous-traitance. Oliver WilliamsonOliver E. Williamson (1985, The Economic Institutions of Capitalism) généralise l'argumentation et montre que les organisations peuvent s'avérer plus efficaces que le marché pour faire circuler les biens, le travail et les capitaux.

Oliver E. Williamson Photographie

Oliver E. Williamson L'approche néo-institutionnaliste fondée par Oliver E. Williamson marque une véritable rupture analytique avec l'approche microéconomique standard du rôle des firmes dans une économie de marché. 

Crédits: University of California, Haas School of Business/ DR Consulter

De même, la prise en compte de l'incertitude et le problème de l'information, coûteuse à acquérir et inégalement distribuée entre les agents, conduisent-ils à s'interroger sur la flexibilité des marchés et l'efficacité de la loi de l'offre et de la demande : par exemple pour assurer les échanges de biens (George Akerlof, 1970, The Market for Lemons), pour allouer le crédit (Joseph Stiglitz et Andrew Weiss, 1981, Credit Rationing in Markets with Imperfect Information), pour déterminer le salaire de plein-emploi (Akerlof et Janet Yellen, 1986, Efficiency Wage Models of the Labor Market), pour éviter les paniques bancaires (Douglas Diamond et Philip Dybwig, 1983, Bank Runs, Deposit Insurance, and Liquidity), pour juguler l'instabilité financière (James Tobin, 1998, Money, Credit and Capital ; André Orléan, 1999, Le Pouvoir de la finance).

Dans cette perspective de recherche, la théorie néo-classique, qui emprunte beaucoup à la théorie des jeux, converge parfois avec des idées hétérodoxes – régulationnistes et économie des conventions en France – ou plus généralement institutionnalistes (Malcolm Rutherford, 1994, The Old and New Institutionalism). Tout aussi marquant cependant est le fait qu'elle semble perdre son unité et se disperser en de multiples disciplines : économie du travail, économie industrielle, économie de l'assurance, économie régionale, etc.

  Les interrogations des économistes face à la crise commencée en 2007

Cette crise a débuté par une crise de liquidité bancaire qui a failli déboucher sur un chaos financier et une récession déflationniste. Le pire a été évité grâce à la redécouverte de la fonction de prêteur en dernier ressort des banques centrales, une fonction que la tradition quantitativiste, ricardienne comme monétariste, veut ignorer. Une telle attitude est tellement ancrée dans les esprits qu'on qualifie de « non conventionnel » le prêt en dernier ressort. De même est considérée comme non conventionnelle l'intervention de la banque centrale pour assurer la liquidité de la dette publique alors que l'histoire, en particulier de la Fed, montre le contraire (Perry Melrling, 2011, The new Lombard Street, How the Fed Became the Dealer of Last Resort). Cette crise invite à reconsidérer la thèse d'efficience des marchés financiers (George A. Akerlof et Robert J. Shiller, 2009, Les esprits animaux, comment les forces psychologiques mènent la finance et l'économie). Elle redonne de la visibilité aux travaux post-keynésiens sur l'instabilité inhérente de la finance (Hyman P. Minsky, 1986, Stabilizing an unstable economy), l'endogénéité de la monnaie (Basil J. Moore, 1988, Horizontalists and verticalists, the macroeconomics of credit money ; Wynne Godley et Marc Lavoie, 2007, Monetary Economics, an integrated approach to credit, money income production and wealth), le principe kaleckien de risque croissant et les effets macroéconomiques de la répartition du revenu (Godley et Lavoie, 2001, Kaleckian Growth Models in a Stock and Flow monetary Framework : A Kaldorian View ; Edwin Le Heron et Tarik Mouakil, 2008, A Post-Keynesian Stock-Flow Consistent Model for the Dynamic Analysis of Monetary Policy Shock on Banking Behavior). Enfin, cette crise, qui intervient dans un contexte long de croissance atone, invite à reconsidérer la nature et les effets de la rémunération du capital (Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, 2013).

Jérôme de BOYER

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Pour citer cet article

Jérôme de BOYER, « ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Les grands courants  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-histoire-de-la-pensee-economique-les-grands-courants/

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