8. Une problématique unifiée ?
Cette controverse est donc importante et l'on peut s'interroger sur le point de savoir si elle exprime deux problématiques différentes. Si tel était le cas, il semblerait légitime de poser la question de l'unité théorique de l'école classique.
Il suffit de lire la Richesse des nations et les Principes de l'économie politique et de l'impôt pour être frappé par la différence de ton entre ces deux ouvrages. Michel Foucault, dans Les Mots et les choses, avait souligné ces différences qu'il attribuait à deux épistémès différentes. Avant lui, les économistes de la tradition marshallienne avaient interprété ces différences comme le résultat d'hypothèses sur les rendements (d'échelle et marginaux) affectant « normalement » l'activité économique. Smith supposerait des rendements d'échelle croissants (comme en témoigne son insistance sur le fait que les marchandises sont de moins en moins coûteuses à produire à mesure que les quantités produites augmentent), Ricardo des rendements d'échelle constants et des rendements marginaux décroissants, comme en témoigne sa conception de l'accumulation du capital comme lutte contre la rareté de ce dernier.
On peut exprimer cette différence de ton en des termes plus simples. Smith se demande : « pourquoi sommes-nous si riches ? », tandis que Ricardo se demande : « pourquoi sommes-nous si pauvres ? ». Smith serait « optimiste » et Ricardo « pessimiste ». L'impression est toutefois trompeuse, car les questions posées par les deux auteurs sont sensiblement différentes.
Pour s'en convaincre, il faut revenir sur une constante importante de l'école classique qui oppose deux types de comportements : l'activité laborieuse et l'accumulation du capital. Le travail salarié est une activité limitée par les besoins. En tant que donnée, le taux de salaire naturel exprime très simplement ce fait : le travailleur ne travaille que dans la limite de ses besoins. En revanche, l'accumulation du capital est une activité sans fin. Dans la Th […]
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