1. Les classiques au sens de Marx et au sens de Keynes
L'opposition tracée par Marx dans Le Capital (1867) entre économie classique et économie vulgaire reflète celle qui distingue deux conceptions du profit. Les classiques se caractérisent par le concept de produit net, auquel sont associées deux propositions. La première est que l'économie produit chaque année plus qu'elle ne consomme. La seconde est que le prélèvement du produit net par certaines classes sociales ne constitue en aucune façon un échange.
De ce point de vue, les physiocrates, qui ont su les premiers dégager cette notion, pourraient être considérés comme les premiers des classiques. Dans le Tableau économique de François Quesnay (1758), le produit net est produit chaque année par la classe productive qui le verse à la classe des propriétaires, sans aucune contrepartie.
Cependant, il faut aller plus loin. Du point de vue de Marx, l'école classique commence avec Adam Smith, trouve son apogée avec David Ricardo et s'achève avec John Stuart Mill. En effet, selon lui, Smith a su mettre en évidence que le produit net, imputé par les physiocrates à la productivité de la terre, était un prélèvement sur le produit du travail et qu'il se répartissait entre profit et rente. Le profit est donc simplement la part du produit qui reste entre les mains du propriétaire du capital, une fois payés les salaires du travail et la rente du sol. Le concept de profit ainsi entendu est essentiel dans la définition de l'école classique. Selon Smith, il n'a rien à voir « avec le prétendu travail d'inspection et de direction », car il est proportionné au capital investi (ce rapport de proportionnalité est le taux de profit), et non à ce « prétendu travail ». Plus généralement, on ne trouve donc aucune « justification » explicite ou implicite du profit chez Smith ou chez Ricardo.
Marx interprète l'importance attachée par Ricardo à l'établissement d'une relation inverse entre profits et salaires comme la mise en évidence du caractère conflictuel de la répartition du revenu. Cette dernière est do […]
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