3. Dénaturaliser la coordination
La coordination ne peut dès lors se concevoir sans contrainte de légitimité. Les individus tranchent, se conforment ou dénoncent les règles en fonction de leur représentation du comportement acceptable.
La coordination, puisqu'elle repose sur des conventions, ne peut relever d'une donnée (ou d'une loi) de la nature. Même si une convention se présente comme le véhicule d'un ordre qui apparaît naturel, s'imposant aux individus qui ne peuvent que difficilement s'en affranchir, elle n'est cependant qu'une construction humaine. L'ordre n'est pas naturel, il n'est que naturalisé. Ainsi, les conventions peuvent aussi témoigner de l'exercice d'une certaine forme de liberté et autorisent à penser changement et critique.
Cela conduit à souligner le caractère construit des objets (diplôme, label, etc.) et des méthodes (telles les catégories statistiques qui permettent de mesurer le chômage, la richesse d'un pays ou la valeur d'une entreprise) qui mettent en forme la réalité. Puisqu'il s'agit d'objets construits et non de phénomènes naturels, ces dispositifs ne sont pas immuables et sont ouverts à la déconstruction.
Il en va de même pour la qualité des biens comme pour celle du travail. Cette qualité (la productivité par exemple) n'est pas donnée mais découle des critères d'évaluation choisis par l'évaluateur. La compétence n'est pas uniquement un attribut de la personne. Elle est le produit de l'élaboration collective d'une « convention de compétence » qui peut véhiculer inégalités et exclusions. Pluraliser les méthodes d'évaluation devrait alors permettre de repenser des phénomènes économiques tels que l'échelle des salaires, la hiérarchie sociale ou le chômage.
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