L'école de la régulation est l'une des rares écoles de théorie économique contemporaine à posséder une dimension fortement française. À partir des travaux fondateurs de Michel Aglietta et de Robert Boyer, elle apparaît au milieu de la décennie de 1970, dans un moment très particulier qui, aux États-Unis comme en Europe, est celui du passage avéré de la croissance à la crise, signifiant la fin des Trente Glorieuses. La théorie de la régulation se constitue ainsi, en affrontant un défi particulier : tenter d'expliquer le passage de la croissance à la crise, sans recourir à des deus ex machina, ou autrement dit sans invoquer de chocs externes.
1. La crise du « fordisme »
Pour rendre compte de la crise qui s'installe à partir du milieu des années 1970, les théoriciens de la régulation élaborent un ensemble de propositions originales, qui vont constituer le fondement d'une approche théorique nouvelle. Contrairement aux approches dominantes en économie, l'école de la régulation pose que le marché et a fortiori le capitalisme ne sont pas « auto-régulateurs ». Reprise de John Maynard Keynes, Karl Polanyi ou Karl Marx, trois auteurs clés dans l'inspiration de l'école, cette proposition revient à soutenir qu'aucun mécanisme ne conduit par lui-même à l'équilibre.
Cependant, sous certaines conditions, des institutions spécifiques, construites autour du marché, peuvent permettre la formation de « régimes d'accumulation » capables de garantir, sans crises majeures, des taux de croissance économique relativement élevés, pendant une période de temps plus ou moins longue. Telles qu'elles sont définies, l'accumulation et la croissance dépendent toujours de l'existence et de la combinaison des « formes institutionnelles » qui les sous-tendent. Notamment de celles qui lient les modes de dégagement et de partage du surplus social entre les classes et groupes qui ont contribué à sa production.
L'école de la régulation trouve ici la justification de sa dénomination. Sa particularité est, en effet, d'af […]
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