3. L'évaluation économique du dommage environnemental
Dès que l'on veut internaliser les effets externes, afin que le pollueur paie, la question de l'évaluation économique de l'externalité, en l'occurrence du dommage environnemental, se pose inévitablement. Or la monétarisation de l'environnement, et plus généralement de l'ensemble du capital naturel, demeure un problème largement débattu, tant au niveau politique qu'à celui de l'analyse économique.
• L'extension de la valeur au-delà de la valeur d'usage présente et individuelle d'un bien
Selon la théorie économique conventionnelle, la valeur des actifs environnementaux peut être mesurée à partir des préférences des agents pour l'utilisation ou la conservation de ces actifs. Tant qu'on a affaire à un bien pour lequel une demande, et donc un consentement à payer existent, la valeur de ce bien reste liée à son usage présent.
On peut dès lors se demander s'il n'existe pas des valeurs plus ou moins détachées de l'usage présent ou même de l'usage tout court du bien, c'est-à-dire des valeurs de non-usage. En matière d'environnement, il est clair qu'un pêcheur, un chasseur, un ornithologue utilisent les biens de l'environnement naturel et en tirent directement des satisfactions. Qu'en est-il, en revanche, pour ceux qui se contentent de regarder la nature ou, mieux encore, pour ceux qui désirent seulement que l'environnement soit préservé ou que la biodiversité soit maintenue ? La question de valeurs non liées à l'usage est alors posée. Cela renforce la nécessité de mieux définir la valeur dans le domaine du capital naturel.
Si on s'intéresse aux usages futurs d'un bien, directement liés à l'usage présent de ce bien, l'incertitude qui entoure ces usages futurs pose évidemment problème. Or on ne sait pas a priori quels seront les goûts ou les besoins des générations futures. Au mieux projetons-nous sur elles nos goûts et nos besoins actuels. De même, l'existence d'irréversibilités (disparition d'espèces vivantes, par exemple) peut obérer de façon définitive ces usages futurs. Il s'agit d'un cas fréquent en matière d'environnement. Ces deux facteurs – incertitude et irréversibilité – influencent également les définitions de la valeur d'usage quand on s'attache à l'évaluation des biens d'environnement.
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