4. Vers une science citoyenne
Entre une science qui, aveugle sur ce qui l'entoure, se cantonne dans sa tour d'ivoire et une science folle qui confond mobilisation d'un savoir et décision politique, n'y a-t-il pas la place pour ce que l'on appelle aujourd'hui la science participative ou science citoyenne (Irwin, 1995) ? Né aux États-Unis dans les années 1970, dans la mouvance de l'action politique d'environnementalistes tels que Ralph Nader, ce concept rassemble des efforts partagés de recherche, de sensibilisation, d'éducation et d'action associant scientifiques et citoyens « ordinaires », avec un objectif commun plus ou moins explicite : contribuer au bien-être collectif des générations présentes et à venir.
Interpellés par une société civile ou des États confrontés à des défis environnementaux de plus en plus pressants, tenus d'accompagner les services gouvernementaux dans leurs engagements nationaux ou internationaux plus ou moins contraignants – convention sur la diversité biologique, Natura 2000, stratégies de développement durables... –, les écologues, comme leurs homologues climatologues impliqués dans le G.I.E.C. (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat ; en anglais I.P.C.C. pour Intergovernmental Panel on Climate Change), sont invités, en tant que scientifiques, à un engagement de type citoyen. Cette mutation vers une science citoyenne, l'écologie l'a accomplie dans les dernières décennies du xxe siècle : la Sustainable Biosphere Initiative, en 1991, en a marqué la prise de conscience collective et le Millennium Ecosystem Assessment en fut, indirectement, la première manifestation de grande ampleur
Parallèlement à cette évolution et avec le besoin pressant d'indicateurs écologiques et de suivis à long terme – tant pour mesurer les changements qui se produisent que pour évaluer les politiques publiques mises en place –, on assiste à un rapprochement construit entre communautés de chercheurs et communautés de citoyens dans lequel les O.N.G. telles que la L.P.O. (Ligue pour la protection des oiseaux), la F.N.E. (France Nature Environnement), l'U.I.C.N. (Union mondiale pour la nature), le W.W.F. (Fonds mondial pour la nature) ou la fondation Nicolas Hulot ont joué et continuent de jouer un rôle incitatif majeur. En France, le Grenelle de l'environnement (2007), qui implique tous les acteurs de la société dans un plan d'action pour un environnement durable, en est l'expression la plus évidente.
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